Comprendre l’identité : discussion avec le brigadier général Jocelyn Paul

Article / Le 23 mai 2018 / Numéro de projet : 18-0045

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Par le major Nicole Meszaros, Affaires publiques de l’Armée

Ottawa (Ontario) — Être un Autochtone membre de l’Armée canadienne a offert bien des avantages à l’un des officiers les plus hauts gradés du Canada.

Le brigadier-général Jocelyn Paul, qui est le membre autochtone le plus haut gradé des Forces armées canadiennes (FAC), sert actuellement à Ottawa, en tant que chef d’état-major au Commandement du renseignement des Forces canadiennes. Cet ancien combattant décoré attribue la majeure partie de son succès comme chef à son éducation autochtone, en tant que membre de la Première Nation Huron-Wendat, au Québec.

C’est de fait une réussite, car on a annoncé en mars 2018 qu’il serait commandant de la 4e Division du Canada (Ontario) à partir du 22 juin.

« Je suis fier de mon patrimoine et attiré par le mode de vie traditionnel, et le fait de grandir dans une réserve m’a permis de passer beaucoup de temps dans la brousse », souligne le bgén Paul. Il explique que cela lui a permis d’être à l’aise pendant l’instruction de l’infanterie au Royal 22e Régiment, où lui et ses camarades fantassins ont passé nombre de jours et de nuits à vivre et à survivre dans les grands espaces du Canada.

Savoir comment survivre à l’extérieur n’est pas la seule compétence qu’il a acquise et qui allait donner lieu à son succès durable au sein des forces militaires.

« J’ai vécu dans la communauté de Wendake quand j’étais jeune, c’est dire que j’ai passé beaucoup de temps à parler avec nos anciens, à apprendre ce qu’est notre identité et la façon dont les autres cultures perçoivent leur propre identité. J’ai appris qu’il y a de multiples dimensions à l’identité de chacun, mais dans notre communauté, l’identité autochtone a toujours passé en premier », souligne le bgén Paul.

« L’identité de chacun de nous a de multiples dimensions. Le fait d’être Canadien est notre dénominateur commun. Beaucoup d’entre nous se voient comme des Canadiens, d’autres peuvent ressentir qu’ils ont une double identité, comme les Canadiens d’origine écossaise. Le point important, c’est que les êtres humains ont de multiples dimensions qui sont profondément enracinées dans notre personnalité et notre éducation. C’est extrêmement personnel », affirme le bgén Paul.

« Nous devons comprendre les dimensions de toutes les personnes avec qui nous entrons en contact. De plus, pour savoir où nous allons, nous devons nous tourner vers le passé. Pour savoir qui nous sommes nous devons comprendre les dimensions de notre identité. »

Sa conjointe et les membres de sa famille proviennent de divers milieux du Québec. Sa même était Canadienne française et, en vertu de l’ancienne Loi sur les Indiens, elle est devenue Indienne inscrite en épousant son père. Les gens de la famille Paul de Wendake sont membres de la Première Nation Huron-Wendat, mais leur ancêtre était de la tribu des Malécites. Enfin, la femme du bgén Paul est innue (Montagnaise) de la Première Nation de Betsiamites.

Le bgén Paul explique que, grâce à ce bagage mixte et à la diversité au sein de sa propre famille, il était « armé pour être un caméléon », ce qui lui a conféré de grands avantages en tant qu’officier.

Cette sensibilisation l’a aidé lorsqu’il a été déployé en Afghanistan en 2009, en qualité de commandant du groupement tactique du 2e Bataillon, Royal 22e Régiment.

« En situation de conflit, il y a toujours des problèmes enracinés dans les finances et la politique, mais il y aura aussi des dimensions culturelles en jeu, dimensions profondément enracinées qu’on doit prendre en considération », précise le bgén Paul.

Avant le déploiement à Kandahar, il a parlé à ses soldats du tissu culturel afghan, de l’identité pashtoune et des subtilités politiques afin qu’ils soient sensibilisés à la culture pashtoune, ce qui leur a permis d’être conscients de « ce qui les attendait ». La population pashtoune représente le plus gros groupe ethnique du peuple afghan.

De façon intelligente, il leur a dit de ne pas voir les choses comme tout noir ou tout blanc, car ils feraient des erreurs en agissant ainsi. La vaste majorité des Pashtounes qui vivent à Kandahar veulent la paix et une éducation pour leurs enfants, tout comme ce que veulent les Canadiens pour leurs enfants. Alors, lorsqu’il y avait un besoin manifeste d’employer la force, ses soldats étaient conscientisés au fait de l’employer graduellement.

Il souligne que « si nous ne comprenons pas la complexité de l’Afghanistan et de Kandahar, les nombreux facteurs en jeu, dont l’identité, la force serait mal employée, alors c’était une affaire d’éducation. »

« Ma fixation sur la compréhension de l’identité remonte à ma jeunesse. J’ai toujours été intrigué par notre patrimoine, notre communauté et la compréhension de notre culture », affirme‑t‑il. « Certains anciens ont encore ces connaissances, mais il faut que les jeunes s’entretiennent avec eux. À ce titre, les Forces armées canadiennes peuvent faire beaucoup. »

Nombre de jeunes Autochtones vivent en ville et ne font que visiter les communautés autochtones. « Même si l’on vit dans une communauté autochtone, on peut être déconnecté de son propre patrimoine si on n’a pas l’occasion de connaître ses racines », indique‑t‑il.

Le bgén Paul explique que les programmes d’été des FAC destinés aux Autochtones, comme Bold Eagle, permettent aux jeunes de prendre contact avec leurs racines, en plus de leur offrir en même temps, comme avantage supplémentaire, un ensemble de compétences militaires.

Chez les peuples autochtones, leur identité comporte une dimension militaire qu’ils peuvent avoir oublié, souligne le bgén Paul.

« Les agents des Indiens du Bas‑Canada ont écrit des rapports fascinants décrivant en détail des choses, notamment comment de nombreux hommes en âge de combattre pouvaient être appelés à se battre au besoin. Les Autochtones étaient essentiels à la défense du Canada lors d’événements historiques comme la guerre de 1812 », indique le bgén Paul. « Nous avons défendu les colonies, nous étions comme une milice permanente. »

En appliquant sa connaissance des gens et de leur culture dans sa carrière militaire, le bgén Paul a constaté que cela l’aidait à devenir un bon officier et commandant. Il croit que ses connaissances et son expérience relativement aux dimensions de l’identité ont largement contribué à faire de sa carrière militaire une telle réussite.

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