ARCHIVÉE - Conversation avec un historien amateur à propos du MMPC

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Article / Le 6 novembre 2014 / Numéro de projet : 14-0179

Ottawa (Ontario) — Le Manège militaire de la place Cartier, le plus ancien manège militaire en service continu au pays, a traversé 135 ans d’histoire militaire canadienne.

Le colonel Rob Foster, directeur – Réserve de l’Armée, est depuis longtemps fasciné par les origines du manège militaire de la place Cartier (MMPC). Cet intérêt remonte à ses années comme jeune officier au sein du Governor General’s Foot Guards (GGFG), où il s’était porté volontaire pour écrire sur les débuts du régiment.

« Dans les années 1990, lorsque le Foot Guards fêtait son 125e anniversaire, nous avons décidé de mettre à jour le récit officiel de l’histoire de notre régiment, dont la dernière publication remontait à 1948 », explique le Col Foster. « Le récit d’origine était très axé sur la Seconde Guerre mondiale. Je me suis porté volontaire pour rédiger l’histoire des débuts du GGFG, en prévoyant remettre mon ébauche à un rédacteur professionnel pour la version finale. »   

Le manque d’argent explique principalement pourquoi le Col Foster est devenu l’auteur principal du projet. Étant donné son grand intérêt, il a acquis une excellente connaissance de la maison ancestrale du GGFG. Il s’agit du plus ancien régiment d’infanterie de la milice au Canada; il fournit des soldats volontaires entraînés à l’appui de l’Armée régulière en temps de guerre comme en temps de paix. Le Col Foster, qui a recueilli une vaste collection de photographies et de documents d’antan, est toujours heureux de discuter de l’évolution du MMPC et de ses premiers occupants.

Au 19e siècle et au début du 20e siècle, le Canada n’avait toujours pas d’armée à temps plein, mais comptait sur la milice volontaire pour se défendre. Les manèges militaires et salles d’exercices furent rapidement nécessaires à des fins d’entraînement. Le ministère, qui s’appelait à l’époque le ministère de la Milice et de la Défense, commença par bâtir des abris en bois peu coûteux, mais ceux-ci furent de courte durée. Dans les années 1870, il élabora un plan pour la construction de salles d’exercices permanentes en briques et en pierres. La première de celles-ci fut le Manège militaire de la place Cartier à Ottawa.

La description officielle du Manège militaire de la place Cartier

Le Répertoire canadien des lieux patrimoniaux contient la description suivante du MMPC : « Un grand bâtiment en brique formé d’un hall central abrité par un toit à deux versants. La façade du côté court est percée par une grande porte centrale et rehaussée par des tourelles d’angle. Le grand volume dégagé de la salle d’exercices est enjambé par une impressionnante charpente à fermes à deux poinçons et éclairé par une claire-voie [une rangée de fenêtres] qui suit le faîtage du toit. »   

On peut également y lire :

« Le manège militaire est un des plus beaux spécimens d’un type important de construction apparue dans les années 1870, au moment où le Canada a lui-même pris en main la défense de son territoire. Le bâtiment continue d’abriter une milice volontaire active dans la ville et accueille deux régiments : les Governor General’s Foot Guards et les Cameron Highlanders of Ottawa [Duke of Edinburgh’s Own], qui sont les successeurs immédiats des unités que le manège abritait à l’origine. »   

Au début de l’histoire du Canada, faire partie de la milice était principalement une activité sociale. « Il était évidemment question d’assurer la défense, mais les miliciens se réunissaient inévitablement au mess, participaient à l’instruction estivale et effectuaient les exercices hebdomadaires ensemble », raconte le Col Foster.

La milice située à Ottawa à l’époque était appelée le Civil Service Rifles. Comme son nom l’indique, ses membres faisaient partie de la fonction publique. En plus de travailler du lundi au vendredi de 9 h à 17 h sur la Colline du Parlement, ils enfilaient l’uniforme et menaient leurs activités d’instruction les soirs et les fins de semaine.

Les exercices avant la construction de la salle d’exercices

Il n’existait à ce moment-là aucune salle d’exercices ni aucun manège militaire à Ottawa. Les miliciens devaient donc apporter leurs armes à la maison. Même si une telle façon de faire serait impensable de nos jours, il s’agissait d’une solution avantageuse à l’époque : en cas de menace, les membres arrivaient au point de rassemblement déjà armés.

L’entraînement avait lieu à l’extérieur, sur le site actuel de la place Cartier, où sont aujourd’hui érigés le manège militaire et l’hôtel de ville d’Ottawa. En cas d’intempéries et en hiver, les miliciens menaient leurs exercices dans un bâtiment loué. Il s’agissait habituellement d’une grange en bois, puis que l’industrie du bois était en plein essor à Ottawa à l’époque. Selon le Col Foster, l’une de ces granges se trouvait sur la rue Besserer, et une autre était située sur la rue Rideau.

Comme la place Cartier était en plein cœur de la ville, les exercices avec armes n’avaient pas lieu à cet endroit. Les miliciens se servaient plutôt du champ de tir sur le chemin Range, qui est maintenant le parc Strathcona dans le quartier Sandy Hill d’Ottawa. Ce champ de tir demeura en service jusqu’en 1905, après quoi les exercices de tir furent déplacés en dehors des limites de la ville. La milice utilisa le champ de tir Rockcliffe (près de l’emplacement actuel du Musée de l’aviation et de l’espace du Canada) de 1896 jusqu’à l’entrée en fonction complète du polygone de Connaught en 1916.

« Les exercices de tir étaient une sortie familiale la fin de semaine », souligne le Col Foster. « Les femmes et les enfants venaient voir les hommes tirer. C’était une activité importante. »   

La création du Governor General’s Foot Guards

En 1865, le siège du gouvernement déménagea de Québec à Ottawa. Thomas Ross, fonctionnaire influant au ministère des Finances, entreprit une campagne pour la création d’un régiment de gardes à pied afin d’assurer l’apparat et le faste attendus dans la nouvelle capitale nationale. Le régiment, dont la structure était inspirée du British Coldstream Guards, vit le jour le 7 juin 1872. Ses tâches étaient principalement cérémoniales. Ross poursuivit ses efforts de persuasion en vue de la construction d’une salle d’exercices permanente pour le GGFG.

Le Col Foster explique que les exercices avaient lieu à la place Cartier, un endroit idéal grâce à sa proximité adjacente avec la gare, là où la garde d’honneur était généralement formée pour accueillir les dignitaires en visite ou pour envoyer les troupes à la guerre. La Colline du Parlement était également à courte distance de marche, pour les cérémonies comme la fête du Dominion – aujourd’hui la fête du Canada – célébrée chaque année le 1er juillet.

Construction – et rénovation – du MMPC

En 1879, Ross vit sa persévérance récompensée : le Manège militaire de la place Cartier fut construit pour abriter le GGFG nouvellement formé, et on nomma Ross à titre de premier commandant. Le projet fut dessiné par Thomas Seaton Scott, architecte en chef du ministère des Travaux publics. Le bâtiment est aujourd’hui considéré comme un excellent exemple du style architectural gouvernemental de la fin des années 1800. Il s’agit de la première salle d’exercices permanente bâtie au Canada.

Le Col Foster explique que la structure extérieure fut érigée en 1879, mais que la construction se termina seulement en 1881, avec la mise en place d’un plancher de bois par-dessus la terre battue et l’installation de cabinets d’aisance (anciennes toilettes).

Les premiers artefacts qui constituent aujourd’hui la base de la collection du Musée canadien de la guerre se trouvaient dans le MMPC de 1880 à 1896.

Un deuxième étage fut ajouté dans la dernière décennie du 19e siècle. Les huit poêles à bois qui servaient à chauffer le bâtiment furent utilisés jusque dans les années 1930, au même moment où l’éclairage au gaz fut remplacé par l’électricité.

En 1981, le MMPC fut adapté en fonction du code de prévention des incendies actuel. On révisa les itinéraires d’évacuation en cas d’incendie en plus d’ajouter un système de gicleurs.

Les améliorations et les rénovations se succédèrent, jusqu’aux travaux les plus récents menés de 1993 à 1996. C’est durant cette période que le Col Foster fut nommé commandant du MMPC.

« Il s’agissait de travaux majeurs, qui ont coûté environ 10 millions de dollars», dit-il. « Le MMPC fut rénové et remis dans un état parfait ». Le Col Foster se sent privilégié d’avoir été l’un des premiers officiers à travailler à temps plein dans le bâtiment à la suite de ces réfections. « Il va sans dire que je m’occupais d’un très bel immeuble », ajoute-t-il.

À l’étage supérieur, on compte des salles d’opération pour chaque unité, un bureau partagé par l’état-major supérieur ainsi qu’une salle des rapports commune. À l’étage principal se trouve une salle de classe attitrée. Des musées ont aussi été aménagés pour chacune des unités à l’étage de la salle d’exercices. Enfin, une salle de musique à la fine pointe a été créée expressément pour le GGFG, explique le Col Foster.

Une grande partie des travaux de rénovation de 1993 à 1996 touchait le mess des officiers. Celui-ci a été complètement remis à neuf, exactement comme il était à l’origine, à l’époque de ses beaux jours.  « Le mess des officiers a toujours été à cet endroit. Les autres pièces du bâtiment ont changé de vocation ou ont été transformées au fil du temps, mais cette salle est la seule à n’avoir jamais été modifiées », souligne le Col Foster.

C’est dans ce mess que Sir Sam Hughes, alors ministre de la Milice et de la Défense, reçut la note d’un messager parlementaire l’informant du début de la Première Guerre mondiale en 1914. Il serait monté sur une table pour annoncer la nouvelle aux officiers qui s’y étaient rassemblés à la suite d’un défilé du mardi soir.

« Qu’il se soit tenu sur la table ou non est un peu une légende, » explique le Col Foster. « Mais la table en soi était une table de poker et elle s’y trouve toujours, ainsi que ses chaises. Le foyer original s’y trouve toujours également, et le lambris de bois est le même. Ils ont aussi trouvé des appareils d’éclairage qui ressemblent beaucoup aux lampes à gaz d’origine. »   

Événements importants et anecdotes intéressantes

Bon nombre de Canadiens sont passés par les portes du MMPC lors de déploiements, et d’innombrables événements y ont eu lieu au cours de ses 135 années d’existence :

  • Déploiement du GGFG durant la rébellion du Canada du Nord-Ouest en 1885
  • Annonce canadienne du début de la Première Guerre mondiale en 1914
  • Exposition en chapelle ardente de Sir William Lyon Mackenzie-King en 1950
  • Déploiement du GGFG et du Cameron Highlanders lors de la tempête de verglas en Ontario et au Québec en 1998
  • Rapatriement du Soldat inconnu en 2000
  • Emplacement de l’ancien Musée canadien de la guerre
  • Départ de la Garde de cérémonie pour la relève de la garde sur la Colline du Parlement chaque été
  • Point de départ du défilé du jour du Souvenir
  • Point de départ du défilé de la fête du Canada

Le Manège militaire de la place Cartier aujourd’hui

« Le manège militaire et la salle d’exercices sont toujours en activité aujourd’hui », souligne le Col Foster. « On y retrouve deux unités de réserve qui défilent au moins un soir par semaine, de même qu’une unité de cadets composée de jeunes de 12 à 18 ans, affiliée avec le GGFG. »   

« Nous entretenons certaines traditions au MMPC, qui se poursuivent dans les mess et qui s’inspirent des activités sociales d’autrefois. La plus ancienne d’entre elles est celle du mess des sergents du GGFG. On tient chaque année un rassemblement vers le 2 mai pour se remémorer la campagne de la rébellion du Nord-Ouest. Il y a également la journée Robbie Burns, qui est célébrée par le mess des caporaux et des soldats du Cameron Highlanders. »   

Les grandes activités commémoratives, comme le défilé du jour du Souvenir, ont pour point de départ le MMPC. C’est également à cet endroit que débute quotidiennement la relève de la garde de cérémonie en été. De nombreuses activités communautaires se déroulent également dans le bâtiment ou sur ses terrains, selon le cas. Mentionnons notamment la Fin de semaine de la Course de l’Armée du Canada ainsi que le Bal de Neige, le festival hivernal d’Ottawa qui se déroule chaque année en février.

Il s’agit d’un article de la série occasionnelle sur les manèges militaires d’intérêt historique au Canada.

Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée

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