ARCHIVÉE - De « Army » Howard à Harry Jerome : Un héritage avant-gardiste empreint de courage

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Article / Le 10 février 2015 / Numéro de projet : 15-0004

Vancouver (Colombie-Britannique) — Bien que la plupart des Canadiens ne sont peut-être pas familiers avec le nom John Armstrong « Army » Howard, ils le devraient. L’ancien combattant de la Première Guerre mondiale qui a grandi à Winnipeg a dominé le sprint canadien de 1912 à 1915. Non seulement Howard semble être le premier olympien canadien noir, il a transmis sa passion pour la course à ses petits-enfants, les olympiens Harry et Valerie Jerome.

Howard nait le 6 octobre 1888. Formé comme mécanicien, le grand et bel athlète fait enfin sa marque sur la scène canadienne en tant que sprinteur. Howard se qualifie facilement pour les Olympiques de 1912 qui avaient lieu en Suède, mais la voie pour Stockholm ne se déroule pas sans heurt. La société canadienne équitable des années 1910 était loin de l’être pour les Canadiens noirs.

« Mon grand-père s’est rendu à Stockholm dans la controverse, » explique Mme Jerome, faisant remarquer que l’entraîneur de l’équipe olympique de sprint, Walter Knox, a décrit Howard à la presse comme une personne directe et désobéissante. Elle ajoute que lorsque l’équipe olympique canadienne s’est rassemblée à Montréal avant le lever les voiles pour Stockholm, il était interdit pour Howard de rester au même hôtel que les athlètes blancs. De plus, pendant le voyage en bateau pour la Suède, il n’était pas autorisé à manger dans la salle à dîner avec ses camarades blancs.

À Stockholm, une maladie de l’estomac a finalement raison des espoirs de médaille d’Howard. Ironiquement, fait remarquer sa petite fille Valerie, les trois médaillés de l’évènement avaient tous perdu contre Howard lors des compétitions d’athlétisme juste avant les Olympiques de 1912. Il est revenu en force pour les Championnats canadiens sur piste extérieure de 1913, gagnant toutes les courses. Howard a également montré ses capacités athlétiques comme receveur pour l’équipe de baseball Creamery Baseball à Winnipeg.

La carrière athlétique d’Howard est interrompue par le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914. Il est enrôlé dans la Force expéditionnaire du Canada et commence son service militaire le 12 avril 1918 comme soldat au sein du 1st Depot Battalion, Manitoba Regiment. Il sert en Angleterre, d’abord comme sapeur (terme du Génie militaire canadien pour désigner le grade de soldat) au sein des Troupes ferroviaires canadiennes, une unité de construction de chemin de fer.

Plus tard, il est transféré aux 11th et 18th Canadian Reserve Battalions, qui servent de renforts aux bataillons d’infanterie sur le continent. Howard termine son déploiement au sein du Corps de santé royal canadien, servant probablement comme brancardier déplaçant des convalescents.

En 1920, Howard retourne au Canada avec sa fiancée anglaise Edith Lipscomb, et une petite fille qui est la première de leurs trois filles. Marié à Winnipeg, le couple interracial subit rapidement un grave préjudice. Valerie Jerome dit qu’on a forcé ses grands-parents à sortir de la ville lorsqu’ils ont essayé de s’installer à  Ste. Rose du Lac, au nord de Winnipeg. « Ils n’ont même pas eu le temps de décharger leur camion et ils avaient leur jeune fille avec eux, » raconte-t-elle.

Les Howard s’installent finalement près de la réserve de Crane River au Manitoba, même si le mariage fini par prendre fin. L’ancien combattant de la Première Guerre mondiale travaille comme bagagiste pour une société de chemin de fer et enseigne la boxe jusqu’à ce qu’il meurt d’une pneumonie en 1937, au jeune âge de 48.

Durant sa vie, Howard n’a jamais reçu la reconnaissance publique que ses réalisations méritaient, mais son héritage demeure bien vivant. En 2004, il est intronisé au Temple de la renommée des sports du Manitoba, et deux de ses petits enfants, les sprinteurs Harry et Valerie Jerome, étaient également des athlètes olympiques.

L’histoire d’Harry Jerome ressemble étonnamment à celle de son grand-père, à la fois dans son succès en tant qu’athlète et les attitudes racistes auxquelles il a été confronté. Aussi polyvalents qu’Howard, M. Jerome a refusé une offre de jouer avec l’équipe de football des Alouettes de Montréal. Il a établi sept records du monde de sprint et il a participé aux trois Jeux olympiques des années 1960, se méritant la médaille de bronze à l’épreuve du 100 mètres aux Jeux de 1964.

Malgré ce succès, Valerie Jerome dit que son frère a été fortement critiqué par la presse, particulièrement lorsqu’il a dû se retirer de la demi-finale du 100 mètres des Jeux olympiques de 1960 en raison d’une blessure pouvant mettre fin à sa carrière.

Malheureusement, tout comme son grand-père, Harry Jerome est également décédé à un jeune âge, à 42 ans, succombant d’un anévrisme au cerveau en 1982. M. Jerome est nommé Officier de l’Ordre du Canada en 1971 et obtient une étoile sur l’Allée des célébrités canadiennes en 2001. Des organisations comme la Black Business and Professional Association (BBPA) soulignent les réalisations de M. Jerome, qui organise annuellement les prix Harry-Jerome, célébrant les réalisations exceptionnelles de la communauté afro-canadienne.

La BBPA offre également le fonds de bourses d’études Harry Jerome, offrant un soutien financier à de jeunes Afro-Canadiens poursuivant leurs études postsecondaires. BC Athletics offre sa propre bourse d’études Harry Jerome pour les études postsecondaires, remise à un demandeur en difficulté financière, espoir en athlétisme et possédant des qualités de leader.

Lorsqu’on lui demande quels traits de personnalité son grand-père et son frère avaient en commun, Mme Jerome répond : « Je pense qu’ils avaient tous les deux beaucoup d’assurance. Ils étaient très courageux. Ils ont dépassé les limites de ce à quoi on s’attendant d’eux. »

Tandis que le Canada célèbre le Mois de l’histoire des Noirs et l’année du Sport, il n’y a pas meilleur moment pour honorer l’héritage que John « Army » Howard et Harry Jerome ont laissé à notre pays, sur la piste et en dehors. Ces incroyables athlètes noirs ont contesté la discrimination de leur période et servent de modèles pour les jeunes Canadiens sur le pouvoir de croire en soi.

Par Gerry Weaver, officier des affaires publiques

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