Des chars et des tortues? Le Groupe de soutien de la 5e Division du Canada Gagetown reçoit un prix d’excellence pour la protection des espèces en péril, en reconnaissance de ses efforts de conservation des tortues

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Article / Le 27 novembre 2015 / Numéro de projet : 15-0195

Ottawa (Ontario) — Si l’on se fie à l’exemple de la tortue des bois, avoir comme habitat une zone dédiée à l’entraînement militaire semble préférable à pratiquement tout autre endroit pour certaines espèces en péril.

« Ça change certainement la perception que le public a de nous », soutient la biologiste affectée au champ de tir Deanna McCullum, du Base de soutien de la 5e Division du Canada (BS 5 Div CA) Gagetown, au Nouveau-Brunswick. « Malgré nos activités d’entraînement, nous ne nuisons pas aux habitants des espèces en péril. » 

La tortue des bois, une tortue d’eau douce de taille moyenne (de 16 à 25 cm de long), est une espèce à risque dans l’ensemble de son aire de distribution, de l’Ontario à la Nouvelle-Écosse, et vers le Sud jusqu’en Caroline du Nord. Fait remarquable : elle a trouvé un habitat sécuritaire à Gagetown, indique Mme McCullum. « Je suis convaincue que les tortues des bois vont bien à la Base, mais elles sont en péril sur la majeure partie de leur territoire. »

Dans le cadre du programme environnemental de la BS 5 Div CA Gagetown, l’Armée canadienne travaille depuis des années avec Environnement Canada et la province du Nouveau-Brunswick pour protéger et préserver les tortues des bois – et les résultats sont prometteurs.

Le 19 septembre 2015, Mme McCullum a assisté à une cérémonie tenue par la Société d’herpétologie du Canada (SHC), où elle s’est vu remettre la Salamandre d’argent au nom de la BS 5 Div CA Gagetown, en reconnaissance de sa contribution aux efforts de protection des tortues de mer. La SHC est un organisme de bienfaisance canadien accrédité qui travaille à l’avancement de la recherche sur les reptiles et les amphibiens et à la conservation de ces espèces. Elle ne remet que deux Salamandres d’argent par année dans l’ensemble du pays.

« Je ne crois pas que le MDN ait reçu ce prix auparavant. C’est très excitant », affirme Mme McCullum.

La tortue des bois est dotée d’une carapace bombée et sculptée, dont la couleur varie du gris foncé au brun, rappelant le bois (d’où son nom). Elle passe la majeure partie de son temps sur la terre ferme, même si elle est considérée comme une tortue d’eau douce. Sa gorge, sa queue et son ventre sont rouge-orangé, un marquage coloré qui en fait une espèce attirante pour l’industrie de la revente animale. Cette situation, combinée à l’étalement urbain et au trafic routier, met la population de tortues des bois en danger. Cette espèce peut vivre jusqu’à 60 ans et ne se reproduit pas avant d’avoir atteint 15 ans. La disparition de seulement un ou deux spécimens dans un secteur peut donc avoir des répercussions considérables sur la population future.

La BS 5 Div CA Gagetown a commencé à faire le suivi de la population des tortues des bois en 2002 et continue de travailler étroitement avec d’autres ministères à la conservation de l’espèce. Le suivi et la protection des amphibiens et des reptiles sont intégrés aux activités de maintenance et d’opération des champs de tir, de façon à assurer le maintien de l’habitat des tortues tout en permettant l’atteinte de toutes les exigences d’entraînement militaire.

À l’heure actuelle, environ 18 espèces font l’objet d’un suivi attentif sur la Base, y compris l’engoulevent bois-pourri, le noyer cendré et le faucon pèlerin. Mme McCullum, diplômée du programme de foresterie et de gestion de la faune de l’Université du Nouveau-Brunswick, s’est jointe à la branche des Services environnementaux de la BS 5 Div CA Gagetown en 2005.

En plus de surveiller et de protéger les espèces en péril, cette branche comptant huit employés et dirigée par Sheldon Downe, agent de l’environnement, s’occupe aussi de différentes questions touchant les poissons et l’habitat des poissons, la gestion des sites contaminés, les affaires réglementaires, les achats écologiques, les évaluations environnementales et les interventions en cas de déversement, pour ne nommer que celles-ci. Toutes les bases militaires canadiennes comptent des bureaux de services environnementaux et assurent le suivi des espèces en péril.

Gagetown est une base très achalandée, avec cinq écoles militaires, des exercices de réserve estivaux d’envergure, des cours de pilotage d’hélicoptère et de parachutistes-sauveteurs, des activités d’entraînement de la GRC et de l’Armée américaine, et divers essais d’équipement. Elle accueille des centaines d’exercices d’entraînement, dont bon nombre sont menés avec des munitions réelles, chaque jour de l'année, sauf durant les trois semaines en décembre et en janvier où les militaires sont en congé collectif.

Mme McCullum souligne les efforts de la BS 5 Div CA Gagetown visant à faciliter la nidification des faucons pèlerins à titre d’exemple de l’approche équilibrée envers la conservation. Il y a environ 15 parois rocheuses utilisées pour la descente en rappel sur les 110 000 hectares de terrain de la base. Chaque année, des faucons font leur nid sur l’une de ces parois. Le contrôle des champs de tir s’assure alors que ces secteurs ne sont pas utilisés pour l’entraînement durant la saison de la nidification, tout en gardant le reste des parois disponibles pour les exercices et, si possible, pour les loisirs.

Les oiseaux comme l’engoulevent bois-pourri préfèrent aussi les grands terrains gazonnés ouverts, une autre raison qui fait des bases militaires un endroit favorable pour les espèces en péril. Les pratiques de gestion de la végétation contribuent au maintien de ces aires ouvertes, et ces activités sont menées au moment le plus opportun pour la faune.

Mme McCullum souligne que, en ce qui concerne les efforts de protection des espèces en péril, il faut toujours trouver un équilibre entre les besoins de l’entraînement de l’Armée et les besoins des espèces en question. « Nous ne fermons pas des secteurs d’entraînement entiers. Notre objectif est de faciliter l’entraînement le plus possible. »

Par Anne Duggan, Affaires publiques de l’Armée

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