Des soldats autochtones du Canada ont inventé un code en temps de guerre indéchiffrable avec des langues autochtones

Article / Le 9 août 2019 / Numéro de projet : Ncr-ar-19-0098-Codetalkers

Remarque : pour visionner les photos additionnelles, veuillez cliquer sur la photo dans la galerie d'images.

Par Lynn Capuano, avec des fichiers de Shannon Morrow, Affaires publiques de l'Armée

Le 9 août marque la 37e Journée internationale des peuples autochtones. Le thème de 2019 est « les langues des peuples autochtones ». L’utilisation intelligente de langues autochtones pour créer un code secret impossible à déchiffrer a joué un rôle essentiel dans la victoire des alliées lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Ottawa (Ontario) — Le caractère secret en communication pendant la Deuxième Guerre mondiale était aussi important que difficile. Quel meilleur moyen de créer un code secret indéchiffrable que d’utiliser la base d’une langue peu connue?

Les messages, en langage clair ou en code, étaient constamment interceptés, volés, entendus ou déchiffrés. Il était essentiel que le Canada et ses alliés trouvent un moyen d’envoyer des messages secrets que l’ennemi ne pourrait pas déchiffrer.

Ils ont finalement réussi vers la fin de la guerre. Appelé « transmission par code », ce système de communication utilisait astucieusement les langues autochtones pour créer un code parlé indéchiffrable.

La tâche était simple, mais son application était ingénieuse. Les transmetteurs en code traduisaient un message secret dans la langue autochtone, le transmettait à la radio et un autre soldat autochtone le traduisait en anglais à l’autre bout.

Une des langues utilisées est celle utilisée par les Premières Nations cries en Alberta et en Saskatchewan. Il y avait plusieurs patriotes cris, des hommes comme des femmes, qui ont servi pendant la Deuxième Guerre mondiale et, comme le cri était peu connu et seulement parlé au Canada, son utilisation comme code a confondu les forces ennemies.

Un des quelques-uns transmetteurs en code connus

Comme on leur a fait promettre de garder le silence pendant et après la guerre, peu de transmetteurs en code cri sont connus par leur nom. L’un d’eux était le caporal (retraité) Charles (Checker) Tomkins.

Le Cpl (ret) Tomkins est né le 8 janvier 1918 à Grouard (Alberta), environ 170 kilomètres au nord-est de Grande Prairie. Métis d’ascendance crie et européenne, il s’est joint à la deuxième brigade blindée de l’Armée canadienne en 1940.

La famille du Cpl (ret) Tomkins ne savait pas qu’il avait été transmetteur en code jusqu’à deux mois avant son décès en août 2003, à 85 ans. Comme il avait promis de garder le silence, la famille l’a su uniquement lorsque deux intervieweurs du Smithsonian Institute sont venus chez lui en 2003, une fois les fichiers déclassifiés.

Les intervieweurs lui ont posé des questions pour une exposition que préparait le musée sur les transmetteurs en code.

Le navajo était la langue principale que les transmetteurs en code américains utilisaient comme code pour la défense du Pacifique des États-Unis, une langue qui n’a pas de forme écrite, ce qui la rendait pratiquement impossible à déchiffrer. Le code secret fondé sur le cri utilisait également le cri parlé, bien qu’il aille une forme écrite. Les différents dialectes parmi les personnes qui parlent cri rendaient la langue encore plus énigmatique.

Pendant l’entrevue avec les chercheurs du Smithsonian, le Cpl (ret) Tomkins a donné peu de détails, mais il a nommé certains de ses camarades décédés, dont il avait aidé à recruter la plupart dans le programme de transmetteurs en code : son frère Peter Tomkins, son demi-frère John Smith, Louie Norwest, Walter McDermott et Archie Plante.

Ces hommes ont servi dans le cercle immédiat de Charles et sont certains des transmetteurs en code cri connus. Les six ont survécu à la guerre, mais sont tous décédés depuis.

Recrutement secret des transmetteurs en code

Le Cpl (ret) Tomkins a été appelé au Quartier général militaire canadien, à Londres, le 22 août 1942, avec un certain nombre d'autres soldats autochtones, pour une mission mystérieuse. Bientôt, ils ont appris qu'ils allaient devenir une arme secrète.

Le Cpl (ret) Tomkins a estimé qu’il y avait 100 hommes dans la pièce avec lui la journée de son recrutement comme transmetteur en code. Les personnes qui parlent cri ainsi que les soldats autochtones de la Première Nation Ojibway et d’autres Premières Nations ont été mis à l’épreuve. Les personnes qui parlent cri étaient très utiles puisqu’elles parlaient souvent français et anglais, spécialement si elles étaient métisses comme le Cpl (ret) Tomkins.

Les Américains ont été les premiers à recruter des Autochtones pour cette tâche, plus précisément ceux qui parlaient le navajo, qui est une langue qui n’a pas de forme écrite. Les transmetteurs en code américains et leur rôle dans le théâtre de guerre du Pacifique ont été racontés dans le film de 2002 « La voix des vents » (Windtalkers). Par conséquent, l’histoire américaine est beaucoup plus connue que la canadienne.

Tout comme le code cri, le code navajo n’a jamais été déchiffré.

La transmission de code commence

Le Cpl (ret) Tomkins a été assigné, avec d’autres personnes qui parlent cri, à la 8th U.S. Air Force et au 9th Bomber Command en Angleterre. Il a immédiatement commencé la traduction et décrit les ordres à la radio pour les aéronefs qui transportaient des ordres de bombardement de l’Angleterre, ainsi que des ordres pour le mouvement des troupes et les missions d’approvisionnement.

Les transmetteurs en code cri improvisaient. Comme la langue crie ne possédait pas de mots pour « chars », « bombe » ou « mitrailleuses », ils ont commencé à inventer une nouvelle terminologie.

Par exemple, les transmetteurs en code cri utilisaient le mot cri pour « feu » comme code pour un avion Spitfire, et le mot cri pour « cheval sauvage » pour identifier un aéronef Mustang. Les mots cris pour « bee » (abeille) et le nombre 17 indiquaient un bombardier B17.

Suite à leur période comme transmetteurs en code, le Cpl (ret) Tomkins et les autres sont retournés à leurs unités canadiennes pour se préparer au débarquement du jour J. Le Cpl (ret) Tomkins était estafette en motocyclette avec la deuxième brigade blindée, débarquant en France six jours après le jour J. Il a également servi en Allemagne et en Hollande.

Lorsque la guerre a pris fin, le Cpl (ret) Tomkins est rentré au Canada et s’est enrôlé de nouveau dans l’Armée canadienne. Il a servi 25 ans avec différents régiments, notamment les Fusiliers de Sherbrooke, le Corps royal de l'intendance de l'Armée canadienne et le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry.

Ses nièces Adele Laderoute et Shirley Anderson se souviennent

Aujourd'hui, les membres survivants de la famille du Cpl (ret) Tomkins comprennent sa nièce Adele Laderoute de l’établissement métis de Gift Lake, dans le nord de l’Alberta, et une deuxième nièce, qui vit à Grouard, en Alberta.

Mme Laderoute a beaucoup de précieux souvenirs de son oncle et de sa femme Lena, qui n’avaient pas d’enfants. Ils l’ont adoptée suite à une tragédie familiale.

« Lorsque nous avons perdu notre mère, mon père, Louis Anderson, a demandé à sa sœur de me prendre puisque j’étais le plus jeune de 11 enfants. « Il y a tellement de choses à dire sur ce grand homme qui a combattu pendant la guerre pour nous. J’en cherche mes mots. »

Mme Anderson dit qu’elle était très heureuse que l’histoire de son oncle soit mieux connue. Elle a écrit un article pour la section « Our Canada » du magazine Reader’s Digest en 2017 appelé « How Cree Code Talkers From Alberta Helped Win the Second World War (Voici comment les transmetteurs en code de l’Alberta ont aidé à gagner la Deuxième Guerre mondiale). Consulter les liens connexes pour lire l’article (en anglais seulement).

« Le service qu’ont offert les transmetteurs en code a été essentiel pendant la Deuxième Guerre mondiale, » dit Mme Anderson, qui a appris le cri lorsqu’elle était jeune et continue de le parler, tout comme sa cousine.

« Plus l’histoire est racontée, plus les gens l’entendront – et on l’espère, elle motivera les jeunes à apprendre leur langue. Il est important de garder le cri en vie et cette histoire permet de le faire, » ajoute-t-elle.

Documentaire présenté en 2016

En 2016, deux cinéastes autochtones, Alexandra Lazarowich et Cowboy Smithx, ont présenté  le court documentaire prisé, Hear the Untold Story of a Canadian Code Talker from World War II. Il met en vedette des extraits audio de l’entrevue du Cpl (ret) Tomkins avec le Smithsonian Institute, ainsi que des histoires personnelles de sa famille. En 2018, le National Geographic l’a ajouté à sa liste de courts métrages en vedette.

Veuillez consulter les liens connexes pour voir le documentaire.

Le 9 août marque la 37e Journée internationale des peuples autochtones. Le thème de 2019 est « les langues des peuples autochtones ». L’utilisation intelligente de langues autochtones pour créer un code secret impossible à déchiffrer a joué un rôle essentiel dans la victoire des alliées lors de la Deuxième Guerre mondiale.

 Pour commenter cet article, rendez-vous dans la section Articles de la page Facebook de l’Armée canadienne

Date de modification :