Hommage aux membres canadiens de la « Brigade des diables »

Article / Le 2 novembre 2017 / Numéro de projet : 17-0278

Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

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Dawson Creek (Colombie‑Britannique) — C’était une force de petite taille : à peine 1 800 hommes. Or, durant la Deuxième Guerre mondiale, elle a acquis un niveau de respect démentant sa taille en prenant plusieurs objectifs difficiles que d’autres n’avaient pas pu saisir.

L’unité était aussi très secrète. Lorsqu’elle a été dissoute en 1944, les membres survivants se sont fait dire, de façon très claire, qu’ils devraient emporter leurs récits dans la tombe.

C’était la Première force de Service spécial (PFSS), un groupe d’élite formé de soldats canadiens et américains qui est maintenant reconnu comme précurseur des unités contemporaines des forces spéciales, comme la Force opérationnelle interarmées 2 du Canada et les Bérets verts des États‑Unis. Elle était aussi connue sous le nom de « Brigade des diables » – parce que, selon la légende, un officier allemand les avait appelés « Les diables noirs » dans ses journaux personnels.

Même s’ils ne pouvaient pas faire connaître leurs expériences à leurs amis et les membres de leur famille, les anciens membres pouvaient s’en parler entre eux, et ils ont commencé à reprendre contact en 1947 lors de leur toute première rencontre, tenue à Helena (Montana), où ils avaient initialement été rassemblés pour leur entraînement.

Ce n’est que presque 70 ans plus tard, soit en 2015, que le silence officiel a été rompu par le Congrès américain, qui a remis à Médaille d’or du Congrès pour souligner les réalisations de PFSS. Et l’histoire se perpétue : une réplique en bronze plaqué or de la médaille a été présentée cet été à la ville de Dawson Creek (Colombie‑Britannique).

La cérémonie tenue en juillet 2017 a rendu hommage à trois résidents de Dawson Creek qui ont servi dans la PFSS, dont Geoffrey Hart, dont le fils John a acheté la réplique et qui était sur place pour donner un exposé sur le service riche sur le plan historique.

« C’est ma ville natale, alors c’est très personnel et très spécial pour moi de revenir chez moi et d’y faire ce que j’ai fait », a-t-il déclaré. « Et je crois que ça représente aussi beaucoup pour les citoyens de la ville. »

« Comme je suis né à Dawson Creek et que j’y ai grandi, j’ai connu John et son père », se soutient le maire de Dawson Creek, Dale Bumstead. « Nous allons trouver une façon bien particulière d’exposer la médaille, d’en reconnaître l’importance et d’honorer ceux qui ont servi pour le compte de notre pays et de ne pas les oublier. »

« Je suis particulièrement heureux de me rendre dans les écoles pour parler aux enfants du gouvernement et de sa signification », a-t-il ajouté. « Les fondements font en sorte que nous ayons toujours le droit en tant que citoyens, et nous le devons aux gens qui ont donné leur vie pour que nous puissions jouir de tout cela, alors nous devrions nous souvenir d’eux tous les jours, et pas seulement le 11 novembre. »

M. Hart a grandi en étant peu conscient des expériences de guerre de son père. Bien que M. Hart l’aîné ait survécu à la guerre, il a malheureusement perdu la vie lors d’un accident au travail en 1966, alors que John n’avait que 13 ans.

« Il est allé travailler au barrage W.A.C. Bennett – il avait accepté un travail dangereux qui payait très bien. Être passé par où il est passé et mourir au travail! »

Initialement, l’unique lien que M. Hart avait avec ce pan de la vie de son père était une note manuscrite non terminée à l’intention de Robert Aldeman et George Walton, les auteurs du livre The Devil’s Brigade, un récit historique publié pour la première fois en 1966. Ils avaient écrit aux survivants du groupe pour leur demander des témoignages.

« Mon père a commencé à écrire quelque chose. Il a écrit un paragraphe, puis il s’est arrêté. Alors j’ai demandé à ma tante : “Te souviens-tu que papa ait reçu ça?” Elle a répondu : “Absolument.” Il a reçu cette lettre dans le courrier, et il allait raconter son histoire, puis il l’a regardée et lui a dit : “Je ne peux pas écrire ça. Ce que j’ai fait me suivra jusque dans la tombe. Personne ne doit savoir ce que j’ai fait.” Beaucoup de ces gars-là ne voulaient pas en parler parce que c’était un combat corps-à-corps brutal, à coup de baïonnettes fixées sur leurs fusils. Je ne crois pas que quelqu’un veuille revivre ça. »

M. Hart a assisté à sa première rencontre de la PFSS en 1969, mais son parcours pour devenir un historien de la PFSS – il est actuellement vice‑président canadien de l’Association de la Première force de Service spécial, qui se consacre à la perpétuation de l’histoire de l’unité – n’a commencé qu’à la fin des années 1990.

« L’un de mes amis m’a demandé de venir voir “Il faut sauver le soldat Ryan” avec lui. Bien sûr, c’était un film de guerre à nul autre pareil. Un film sur la Brigade des diables était sorti en 1968 et les choses avaient été en quelque sorte présentés sous un jour séduisant, à la sauce Hollywood, mais Il faut sauver le soldat Ryan était différent – c’était vraiment touchant et émouvant. Ça m’a beaucoup fait réfléchir, et je me suis dit que j’aimerais faire des recherches sur la Brigade des diables. Alors c’est ce que j’ai fait en ligne; or, le premier site et la première photo qui sont apparus m’ont renvoyé l’image de mon père qui semblait me regarder. »

Depuis, il a assisté à de nombreuses autres rencontres – chacune constituant, à sa façon, une expérience touchante.

« Lorsque j’y suis allé en 2002, c’était à Helena. J’ai vu un ancien combattant marcher dans la grande salle de l’hôtel, en larmes. Je lui ai demandé si je pouvais l’aider et il m’a répondu : “Non. Après toutes ces années à garder tout ça pour moi et à essayer de composer avec ça parce qu’on me l’avait commandé, j’aurais dû venir ici depuis tout ce temps.” Je n’ai jamais oublié ça. »

M. Hart et d’autres membres du conseil de l’Association de la PFSS ont aussi joué un rôle actif en militant en faveur de la remise de la médaille d’or du Congrès.

« Nous avions une liste de tous les sénateurs et de tous les députés – il y en avait des centaines. Il a fallu pas mal de temps à mettre ça en marche parce que le Congrès américain savait peu de choses sur la Première force de Service spécial. L’Association de la Première force de Service spécial a joué un grand rôle à cet égard. Beaucoup d’anciens combattants ont appelé leur député. En fin de compte, les deux partis ont convenu à l’unanimité d’accorder la médaille. »

Les efforts de l’association visant à perpétuer l’histoire vont jusqu’à diriger des visites guidées des champs de bataille européens où la PFSS a prouvé sa valeur.

« Quand il y a eu autant de décès, de destruction, de tristesse et d’horreur, ça doit laisser des échos », souligne-t-il, « J’ai ressenti quelque chose là-bas qui est difficile à décrire. Nous avons des anciens combattants qui viennent à chacun de nos voyages organisés. Beaucoup d’entre eux s’effondrent, lorsqu’ils voient les pierres tombales portant les noms de leurs camarades, mais ça leur permet en quelque sorte de tourner la page. »

Il ajoute : « Beaucoup d’orphelins qui reviennent n’ont jamais connu leur père. C’est un lien crucial pour eux; ils voient où leur père a été tué. Nous ramenons les anciens combattants aux villages qu’ils ont libérés, et nous trouvons toujours quelqu’un qui se souvient d’eux. C’est vraiment une expérience majeure pour tout le monde. »

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