ARCHIVÉE - Il faut un village ou six : le Système d’instruction sur les opérations en zone urbaine de l’Armée canadienne

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Article / Le 11 août 2015 / Numéro de projet : 15-0075

Kingston, Ontario — Il faut parfois un village pour entraîner l’Armée canadienne au combat rapproché en zone urbaine – et, en fait, l’Armée en a six.

L’Armée canadienne (AC) continue de préparer l’Armée de demain en aménageant des villages d’entraînement à la guerre en zone urbaine dans certaines de ses bases militaires – auxquels sont intégrés des effets spéciaux comme le faisceau intense d’une détonation, le son angoissant des tirs d’artillerie et l’odeur âcre des explosifs.

La guerre transporte le militaire peu importe où se trouve l’ennemi, et cela signifie que les combats rapprochés dans des villes et des villages ont été et continueront d’être courants dans de nombreux conflits. Comme le dit le proverbe, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. C’est donc en s’entraînant au combat que les militaires accroissent leurs niveaux de compétence et de confiance qui leur permettront de faire face aux réalités d’un réel combat en zone urbaine.

Dans le but de peaufiner ses tactiques, techniques et procédures en zone urbaine, l’AC aménage des paysages urbains en béton et les améliore en ajoutant des effets spéciaux comme des points de vue, des sons et des odeurs réalistes.

Le Système d’instruction sur les opérations en zone urbaine (SIOZU) compte six villages de taille réelle établis dans des bases militaires canadiennes, soit à Edmonton, à Shilo, à Petawawa, à Valcartier, à Gagetown et à Wainwright.

Les installations du SIOZU sont conçues pour accueillir simultanément des équipes adverses totalisant jusqu’à 250 militaires avec leurs véhicules et leur équipement.

La plus grande installation du SIOZU devrait être prête à l’automne 2017 à Wainwright. Elle représente 50 pour cent du budget d’infrastructure de base, excluant l’équipement pour les effets spéciaux. Lorsqu’elle sera terminée, l’installation comptera entre 18 et 23 bâtiments de taille réelle.

En mai 2012, on a approuvé l’octroi de 140 M$ pour la mise en œuvre du nouveau système. Les entrepreneurs régionaux construisent les bâtiments dans les bases, mais la conception des capteurs et des simulateurs d’effets spéciaux a été confiée à l’entreprise Cubic Defense Application, Inc. (CDA). Le SIOZU fait partie d’un système de simulation plus vaste connu sous le nom de Simulateur d’effets d’armes (SEA), dont une partie est également réalisée par CDA.

On retrouve des installations d’instruction sur les opérations dans les bases canadiennes depuis un certain temps déjà. Avant le SIOZU, l’AC se servait d’un amalgame de simples contreplaqués ou de structures de blocs de béton de mâchefer, de conteneurs d’expédition en métal et de bâtiments excédentaires dans lesquels on ne trouvait aucun instrument ni capteur. Dans de nombreux emplacements, la plupart des bâtiments du SIOZU sont terminés, il ne reste que l’étape de l’instrumentation afin d’atteindre la capacité opérationnelle finale. Certains bâtiments ont également été rénovés et mis à niveau afin de faire partie du SIOZU.

« À ma connaissance, c’est la première fois que l’Armée dispose de sites destinés à l’entraînement avec des installations qui sont expressément construites pour le combat en zone urbaine », a déclaré le major S.J. (Sam) Pollock de la section de la Politique de simulation du Centre de doctrine et d’instruction de l’Armée canadienne à Kingston, en Ontario. « L’instrumentation électronique est une nouvelle réalité pour l’AC. »

Des capteurs, qui sont soit déclenchés par les militaires durant un scénario ou activés à distance par des opérateurs, permettent de produire des effets comme de la fumée ou le faisceau et le bruit d’un tir d’arme.  « Une génératrice produira une odeur au besoin, alors si l’on simule un barrage d’artillerie, elle produira la fumée et le bruit qui vous donneront l’impression que vous venez de subir un barrage d’artillerie. Voilà l’idée » , a-t-il déclaré.

« L’instrumentation à l’intérieur des bâtiments crée un environnement plus réaliste et elle permet de consigner les leçons retenues – nous pouvons revoir comment les militaires s’en sont tirés et s’ils ont correctement mis en pratique les tactiques qu’ils ont apprises », a déclaré le Maj Pollock.  « Cela apporte une capacité extraordinaire à l’AC. »

Des scénarios complexes ont été élaborés afin de parfaire la capacité des militaires à mener des missions difficiles dans des environnements urbains complexes. Les scénarios ne se résument pas à engager le combat avec l’ennemi, ils comprennent des éléments humains et culturels aussi réels que possible, notamment fournir de l’eau potable à la population ou superviser la livraison de nourriture dans des conditions dangereuses.

« Le commandant peut même décider d’interrompre le jeu et de discuter de ce qui vient de se passer. Puis, le scénario reprend », a-t-il fait remarquer. « Il se peut aussi qu’il ne veuille pas briser le rythme, et qu’il décide d’attendre à la fin. C’est flexible et il n’y a pas qu’une seule bonne façon de procéder. La décision revient au commandant qui dirige l’entraînement. »

Les structures bâties sur mesure comptent d’un à trois étages équipés d’appareils électroniques. Il y a notamment un hôtel de ville, un immeuble gouvernemental, des maisons en rangée, une école, des entrepôts, un poste de police, une banque, un bâtiment religieux, une station-service, des appartements et des usines.

« Il y a donc toute sorte de types de bâtiments, et selon la taille du site, il y aurait une sélection de ces bâtiments », a expliqué le Maj Pollock. « Le volet instrumentation du système est presque tout aussi important, du point de vue des coûts, que l’infrastructure. »

L’entraînement du SIOZU met en jeu deux forces d’opposition. Les soldats portent des vêtements militaires de base munis de capteurs qui indiquent lorsqu’un soldat est considéré comme blessé, y compris la nature des blessures, permettant ainsi à ses coéquipiers de mettre en pratique leurs aptitudes médicales. On prévoit également intégrer l’utilisation des véhicules au SIOZU afin d’accroître l’expérience et de veiller à ce que les tactiques soient mises à l’essai dans un environnement le plus réaliste possible.

« Lorsque les gens s’entraînent, le niveau d’adrénaline est – sans aucun doute – très élevé. Ils ne font pas que participer à une simple répétition. Pour nous, la simulation permet de faire vivre aux soldats une expérience aussi réelle que possible, et s’ils s’y investissent réellement, cela peut devenir très physique et les niveaux de stress et d’activité peuvent être très élevés. Ainsi, lorsqu’ils seront confrontés à la situation réelle, ils seront mieux préparés sur le plan mental et physique », a-t-il expliqué.

L’entraînement de l’ère moderne sur les opérations en zone urbaine continue de tirer profit de l’innovation canadienne, et pourrait bien puiser ses racines dans les tactiques de guerre urbaine inventées par les militaires canadiens durant la Seconde Guerre mondiale.

« Le combat dans les rues n’a rien de nouveau et les opérations en zone urbaine, par nécessité, sont une composante de l’instruction depuis très, très longtemps », a mentionné le Maj Pollock.

« À titre d’exemple, Ortona a représenté une bataille célèbre de la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de laquelle les Canadiens ont adopté des tactiques qui étaient en fait de nouvelles façons de combattre de bâtiment en bâtiment », a déclaré le Maj Pollock. Il a ajouté qu’une exposition au Musée canadien de la guerre à Ottawa illustre cette bataille.

L’une de ces tactiques a été les « trous de souris » utilisés pour la première fois par l’Armée canadienne à Ortona à la fin de décembre 1943. Afin d’éviter l’ennemi dans les rues périlleuses de cette ville d’Italie, les membres de la 1re Division d’infanterie de l’Armée canadienne ont dynamité des trous dans les murs de bâtiments afin de pouvoir se déplacer de façon sûre sans être vus. Comme de nombreux bâtiments d’Ortona avaient des murs mitoyens, les Canadiens pouvaient se rendre très loin dans les bâtiments sans avoir à en sortir et être la cible des adversaires allemands.

La guerre en zone urbaine n’a peut-être rien de nouveau, mais les méthodes d’entraînement de l’Armée dans ce domaine ont certainement tiré profit de la technologie actuelle et de l’innovation canadienne.  

« Il s’agit sans contredit d’un environnement dans lequel nous pouvons nous attendre à devoir mener des opérations et c’est pourquoi les sites nous permettront de nous entraîner dans l’environnement le plus réaliste qui soit. L’instrumentation améliore l’expérience et fait en sorte que les gens puissent recevoir le meilleur entraînement qui soit », a-t-il déclaré. « Et qui sait ce que l’avenir nous réserve. »

Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée

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