L’effet McCrae : Un éperon en guise de lien physique avec l’auteur de Au Champ d’honneur

Article / Le 7 novembre 2015 / Numéro de projet : 15-0163

Ottawa (Ontario)  — Le poème Au Champ d’honneur est le type de précieux héritage que n’importe qui souhaiterait laisser. Les autres artefacts de la vie du lieutenant-colonel John McCrae sont beaucoup plus rares, mais l’un d’eux a récemment été découvert et est maintenant exposé dans un musée militaire d’Ottawa.

Presque tous les effets personnels du Lcol McCrae se sont retrouvés au fond de l’océan Atlantique avec le Navire-hôpital de sa Majesté Llandovery Castle lorsque celui-ci a été torpillé par un sous-marin allemand en 1918. Seuls quelques articles confiés séparément à des amis ont survécu.

L’un des éperons du militaire-poète, découverte inattendue d’une biographe de McCrae, est rentré à la maison au Bytown Gunners Firepower Museum (musée des Artilleurs de Bytown), un dépôt d’artefacts historiques du 30e Régiment d’artillerie de campagne, Artillerie royale canadienne (30 RAC). Durant la Première Guerre mondiale, le 30 RAC a mis sur pied la 1re Brigade, Artillerie de campagne canadienne, au sein de laquelle le Lcol McCrae a servi.

L’auteure albertaine Susan Raby-Dunne explique que cette découverte est un heureux hasard parmi plusieurs autres qui se sont produits durant sa recherche pour son ouvrage Bonfire: The Chestnut Gentleman, qu'elle a écrit en 2012 et qui relate l’expérience du Lcol McCrae lors de la Première Guerre mondiale à travers les yeux de Bonfire, son cheval.

Dianne Graves, une autre biographe de McCrae, a vécu des expériences semblables, un phénomène qu’elle a baptisé « l’effet McCrae ».

« De petites choses, comme lorsque j’ai trouvé un coquelicot en fleur après quelques grosses gelées en Alberta », souligne Mme Raby-Dunne. « C’était vers la troisième semaine d’octobre, et tout était mort. J’étais à la ferme d’un ami lorsque j’ai trouvé un seul coquelicot rouge derrière un sentier. »

L’effet McCrae était également à l’œuvre en 2012 lorsque Mme Raby-Dunne a assisté à une lecture de Terry Fallis, deux fois récipiendaires du prix Stephen Leacock Medal for Humour, dans le cadre d’un festival de littérature de Calgary.

Elle s’est présentée et a mentionné son livre, qui était sur le point d’être publié.

« Il m’a regardé et m’a dit : 'Mon grand-père a servi avec John McCrae durant la Première Guerre mondiale. Il a rapporté l’un de ses éperons à la maison après sa mort.' Il m’a ensuite offert d’utiliser l’éperon pour le lancement et la promotion de mon livre, et de le garder aussi longtemps que j’en aurais besoin. C’était vraiment un heureux et excitant hasard. »

Le grand-père paternel de M. Fallis était le Dr Leslie Clinton Fallis, un médecin militaire qui a servi avec le Lcol McCrae à Boulogne, en France.

« C’était super d’avoir cet éperon lorsque je faisais des dédicaces et autres », indique Mme Raby-Dunne. « Les gens voulaient le tenir dans leur main et avaient la chair de poule juste à penser qu’il avait été porté par John McCrae lorsqu’il montait Bonfire. »

Mme Raby-Dunne a par la suite suggéré à M. Fallis de faire don de l’éperon au Bytown Gunners’ Firepower Museum, ce qu’il a gracieusement accepté.

Nicole Hood, recherchiste au musée, a créé une exposition qui comprend, en plus de l’éperon, une rare collection de poèmes du Lcol McCrae publiée par la Légion américaine. Elle inclut des écrits du major-général E.W.B. Morrison, ancien commandant de la 1re Brigade de campagne, Artillerie de campagne canadienne (maintenant le 30 RAC) et ami proche du Lcol McCrae.

Selon Mme Hood, les mots du Mgén Morrison laissent penser que le Lcol McCrae hésitait à partager son poème, aujourd’hui devenu un classique. « Je crois que le major-général l’a incité à publier Au Champ d’honneur. »

Mme Raby-Dunne indique que c’est également l’impression qu’elle a du Lcol McCrae.

« C’était probablement un homme discret qui a dû se faire convaincre que son poème valait la peine d’être publié. À mon avis, il ne voulait pas que quiconque pense qu’il essayait de tirer profit d’une situation aussi tragique. Il a finalement réussi à se faire convaincre et était heureux de voir son œuvre publiée. »

L’exposition comprend également une photo de groupe avec le Lcol McCrae, le Mgén Morrison et le Lt Alexis Helmer, le militaire dont la mort serait à l’origine du poème Au Champ d’honneur. Le Lt Helmer était un ami du Lcol McCrae; sa mort a été un point tournant pour lui, selon Mme Hood.

« On pense qu’il aurait commencé à écrire le poème le jour même de la mort de son ami, ou le lendemain. »

Certaines personnes voient Au Champ d’honneur comme une sorte de déclaration antiguerre et son auteur, comme un soldat réticent, voire un pacifiste. Mme Raby-Dunne soutient que les gens qu’elle a rencontrés en faisant la promotion de son livre étaient surpris d’apprendre que ce n’était pas le cas. Il était un médecin et un pathologiste accompli dans le monde civil, mais il était également un officier d’artillerie passionné, qui a servi comme tel avec le Mgén Morrison lors de la guerre des Boers et de la Première Guerre mondiale. À la requête des autorités militaires, il a toutefois intégré le corps médical en 1915, après avoir écrit son poème.

« Je rappelle toujours aux gens qu’il était un homme de son époque et un loyal sujet de l’Empire britannique », explique Mme Raby-Dunne. « Pour lui, partir à la guerre allait de soi. Ce n’était pas un problème. Il était certainement inquiet des éventualités, mais il n’a jamais douté de son devoir d’aller combattre. »

Le major Mike Calnan, commandant adjoint actuel du 30 RAC, indique que l’éperon représente une belle addition à la collection du musée, de même qu’un puissant symbole.

« Il faut se souvenir que l’éperon est également un symbole de toutes les vertus chevaleresques. Nous avons une expression dans notre jargon : un homme doit mériter ses éperons. Pour moi, ça rend cet éperon encore plus spécial, parce qu’il a appartenu à un homme ayant influencé notre société de tant de façons. C’était un excellent médecin, ainsi qu’un pathologiste accompli qui a écrit plusieurs livres dans son domaine. Il était associé de différents collèges en Angleterre et au Canada, en plus d’être un grand poète qui fait monter les larmes aux yeux des gens chaque année. C’était aussi un fantastique officier d’artillerie. Il symbolise donc parfaitement ce que cet éperon représente. »

La collection du musée comprend par ailleurs une exposition dédiée au Mgén Morrison, incluant un documentaire photographique de sa procession funéraire de 1925. À l’époque, ce service était considéré comme « le plus grand événement militaire de tous les temps », explique Mme Hood. Le 30 RAC a salué une fois de plus son ancien commandant en 2013, lors de l’inauguration du parc d’artillerie Morrison, le manège militaire du régiment.

« Si les racines d’un arbre ne sont pas assez solides, un vent fort le fera fléchir et il finira par tomber », ajoute le Maj Calnan. « À mon avis, les solides racines d’un régiment découlent de son histoire, de ses traditions et de la reconnaissance de nos prédécesseurs et de leurs contributions. C’est ce que notre musée nous permet de faire. Nous attendons de tous nos membres qu’ils visitent le musée. Nous avons intégré le musée dans tous nos plans d’activités sociales. Ainsi, nos membres s’investissent dans le projet, participent à la restauration des artefacts et apportent leur aide au musée. Selon moi, il occupe un rôle aussi important au sein de l’unité que les aspects opérationnels. »

Le Bytown Gunners Firepower Museum a ouvert ses portes dans les années 1970 à la Caserne de la Réserve des Forces canadiennes Dows Lake et a été accrédité en 2013 par la Direction – Histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale. Il est situé au 307, De Niverville, à Ottawa (Ontario), et est ouvert au public sur rendez-vous. Pour plus d’information, veuillez communiquer avec Melissa Kehoe à melissa.kehoe@forces.gc.ca ou au 613-993-8324.

Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

Date de modification :