La thérapie équine laisse les anciens combattants prendre les rênes

Galerie d'images

Article / Le 23 décembre 2015 / Numéro de projet : 15-0216

Ottawa (Ontario) — Les chevaux sont souvent perçus comme un symbole de nature sauvage et d’indépendance, mais un troupeau de chevaux possède une hiérarchie – comme l’Armée.

Ce n’est qu’une des raisons pour lesquelles l’équipe composée de Paul Nichols et de sa femme Terry croit que les chevaux sont les partenaires idéaux pour aider les anciens combattants à s’ajuster lorsqu’ils retournent à la vie civile.

Il s’agit de la mission de Community for Veterans Foundation, que le couple a fondé il y a deux ans. L’organisme est situé à la ferme familiale à Quesnel (Colombie-Britannique), mais elle est récemment devenue d’envergure nationale et le couple a terminé un voyage ambitieux de huit mois pour traverser le Canada pendant lequel Paul a monté Skip, un cheval blond de race Palomino, de ville en ville, de Victoria à St. John’s, où le voyage s’est terminé le 9 novembre 2015.

« L’idée derrière la traversée du Canada à cheval était de présenter à nouveau les Canadiens à leurs anciens combattants et de sensibiliser à la face changeante de l’ancien combattant canadien, » Paul a-t-il expliqué. « Souvent au Canada, quand nous pensons à d'anciens combattants, les vieux films en noir et blanc nous viennent à l’esprit et nous pensons au débarquement de Normandie. Nous ne pensons pas souvent aux trois autres générations qui ont servi depuis la Deuxième Guerre mondiale. Les Canadiens aiment leurs anciens combattants, mais nous oublions parfois qui ils sont. »

La sensibilisation n’était que le début. À chaque arrêt, les anciens vétérans locaux étaient invités à vivre le programme de thérapie assistée par les chevaux qu’offre Terry Nichols. À la fin du voyage, plus de 350 anciens combattants avaient participé.

Les chevaux ont besoin du style de leadership militaire, mais ils ont également besoin de la sensibilité civile, » a expliqué Terry. «  Et que vous savez comment ils se portent, ce à quoi ils pensent. Que vous les comprenez, que vous êtes sensibles lorsque vous les dirigez. Et lorsque ces pièces sont assemblées, les chevaux ont ce dont ils ont besoin, et ils sont alors relaxes, attentifs et motivés. Et lorsque nous avons des chevaux relaxes, attentifs et motivés, on peut les monter sans effort. »

La prise de conscience assistée par les chevaux est le nom officiel du travail de Terry. Ce n’est pas bien compris au Canada encore, dit-elle, bien que la thérapie et la psychothérapie équines soient pratiquées de façon assez considérable. Une étude réalisée en 2011 et publiée dans le Journal of Social Work Practice notait que « les relations et l’expérience qu’ont eue les participants avec les chevaux leur ont apporté des bienfaits sur le plan psychosocial », y compris l’empathie, la confiance en soi et l’estime de soi. En juillet 2015, Anciens Combattants Canada a alloué plus de 250 000 $ pour deux études sur la thérapie équine.

Le sergent Graham Ridley du 2e Régiment du génie de combat à Pembroke (Ontario) a participé lors de l’arrêt à Ottawa. En janvier 2009, il était à bord d’un véhicule blindé dans la province de Kandahar, en Afghanistan, lorsqu’il a été frappé par l’explosion d’un IED qui a tué le chauffeur,  le sapeur Sean Greenfield. Il dit que la thérapie équine qu’il a reçue par le War Horse Project de Petawawa l’a aidé à gérer les attaques de panique et autres conséquences de l’expérience.

« Ça vous aide à garder la tête hors de l’eau; ça vous aide à rester calme. Pour moi, l’un des éléments les plus importants est la confiance. J’avais perdu beaucoup de confiance lorsque je suis rentré à la maison, je n’avais plus d’énergie pour bien des choses. Mais me voilà à travailler avec ces incroyables bêtes qui n’en font qu’à leur tête et vous apprenez rapidement que, oui, vous êtes toujours d’aplomb. »

Paul Nichols a servi avec le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry en ex-Yougoslavie où, en mars 1993, il a participé à la bataille de la poche de Medak. Bien que la mission fût un effort de maintien de la paix des Nations Unies, les soldats canadiens et français étaient forcés de se défendre d’une attaque des forces croates. Il a quitté l’Armée quelques années plus tard et est déménagé dans la ville natale de Terry, Quesnel, où le couple a fondé sa famille.

« Il est revenu à la maison, et le monde disait ‘Il n’était que Casque bleu. Ce ne devait pas être si pire,’ » se souvient Terry. « Puis il a cessé de raconter les histoires et il trouvait ça difficile de s’intégrer à la collectivité. Nous ne comprenions pas comment combler l’écart dans la culture et la compréhension. »

« Il n’y a pas de liens forts avec l’Armée dans la région intérieure de la Colombie-Britannique, » ajoute Paul. « J’ai donc eu beaucoup de difficultés. Quelques années plus tard, une femme a reconnu l’écusson sur ma veste. J’étais en train de magasiner à Vancouver. Elle m’a posé des questions et je lui ai parlé de mon service militaire. Elle m’avait demandé, car elle avait vécu à Sarajevo. Puis elle a partagé son histoire et a dit ‘Merci’. Elle pleurait, je pleurais. J’ai alors réalisé le pouvoir d’une histoire partagée. Je n’avais pu à mettre en doute mon service, le sacrifice. Parce qu’ici, j’ai une parfaite inconnue dans un magasin à Vancouver qui me dit que ça valait le coup. Je devais donner à mes frères la même occasion d’avoir les remerciements et le lien avec la collectivité. »

Bien qu’elle n’avait pas ses propres chevaux jusqu’à ce qu’elle soit adulte, Terry faisait de l’équitation depuis qu’elle était enfant et elle a initié Paul. Elle s’occupe d’un programme d’équitation estival pour les jeunes filles à la ferme familiale ainsi que des cours d’équitation thérapeutique. Le couple a également formé à l’équitation des Rangers canadiens, qui patrouillent  dans les régions éloignées du Nord canadien.

Paul est maintenant un Ranger et il souligne que bien qu’il était le visage de Ride Across Canada, l’attention est sur ses camarades.

« J’entends la même histoire de désintéressement de la collectivité dans laquelle retourne la prochaine génération de soldats en service. C’est en discutant avec eux de ce lien que j’ai eu à Vancouver qui nous a amenés au voyage et à offrir aux 360 autres qui se sont joints à moi l’occasion d’avoir ce même lien avec la collectivité. Il ne s’agit donc pas de la voix d’une seule personne pendant la traversée du pays. »

Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l'Armée

Date de modification :