Le Capitaine Sonny Brown : pleins feux sur l’histoire

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Article / Le 17 février 2016 / Numéro de projet : 16-0011

Halifax (Nouvelle-Écosse) — En quittant son pays, la Sierra Leone, pour devenir Canadien, le capitaine Brown a réussi à retourner dans la ville natale de ses ancêtres.

Le capitaine Brown, maintenant officier d’état-major des Distinctions honorifiques et des récompenses au Quartier général de la 5e Division du Canada, est arrivé dans son nouveau pays le jour de son 17e anniversaire, après que la plupart des membres de sa famille aient quitté la Sierra Leone ravagée par la guerre, pour devenir des réfugiés de l’ONU en Guinée. En 2002, ils sont arrivés à Winnipeg, au Manitoba, en qualité de résidents permanents du Canada.

Bien qu’il ait été jeune et déplacé, il était déterminé à suivre la voie tracée par sa mère en adoptant une carrière militaire. À l’origine, elle s’était enrôlée dans les forces armées de la Sierra Leone en qualité d’infirmière, et elle travaille encore là-bas, au grade de colonel, puisqu’elle a choisi de ne pas immigrer au Canada.

« Lorsque je fréquentais l’Université du Manitoba, j’ai essayé de m’enrôler dans la Marine, mais j’étais résident permanent et il faut être citoyen canadien. Dès que j’ai eu prêté mon serment de citoyenneté, je suis parti en courant pour me rendre au bureau de recrutement », affirme-t-il en riant.

Vers la fin de son programme universitaire en sciences politiques, le Capt Brown attribue en partie son intégration réussie et relativement rapide au Canada au fait que la Sierra Leone est une ancienne colonie britannique où l’anglais est la langue officielle parlée, de même que la langue Krio (créole). Ces deux langues sont utilisées par les seize groupes ethniques qui se partagent le pays.

Le Capt Brown a appris son métier d’officier du renseignement lorsqu’il demeurait à Winnipeg, mais il a fini par déménager à Halifax (Nouvelle-Écosse) afin de travailler au sein de la Marine, au Centre de renseignement Trinity. C’est là que son patrimoine est devenu bien plus qu’un fait intéressant pour ses collègues de travail.

Son passage récent de la Marine à l’Armée, ainsi que son poste actuel d’officier d’état-major au Quartier général de la 5e Division du Canada étaient des étapes logiques, puisqu’il travaillait déjà dans le milieu de l’Armée. Toutefois, cela n’a pas été sans une épreuve personnelle, soit les 10 semaines de la phase commune de l’instruction de l’Armée. « Je ne pensais pas que mon corps pouvait endurer autant. »

Le Capt Brown est membre actif du Groupe consultatif des minorités visibles de la Défense (GCMVD) et il participe à des événements communautaires, établit des liens et encourage les Néo-Canadiens comme lui à envisager une carrière militaire. De fait, l’un de ses premiers contrats à l’instruction élémentaire à Winnipeg visait un nouveau Canadien qui venait de la République du Congo. Son ami avait échoué à sa première tentative à l’instruction élémentaire, leçon que le Capt Brown a prise très au sérieux, en plus de le convaincre de la nécessité du travail d’équipe. « Ça m’a motivé; je n’allais pas aborder le processus comme nous l’avions fait. Nous avons fini par suivre l’instruction élémentaire ensemble, parce qu’il s’est inscrit à nouveau, et nous avons réussi. »

Depuis son arrivée au sein de l’Armée, le Capt Brown a appris à connaître le haut degré de motivation de son nouveau milieu de travail ainsi que l’importance historique de son nom de famille.

« Je suis étonné de voir à quel point tout le monde est motivé ici, au sein de l’Armée. C’est très bien, vous savez. » Il considère que son travail est l’incarnation même de la motivation. « La meilleure partie, ce sont des récompenses. On compte 5 000 militaires dans la 5e Division, et le processus des mentions élogieuses et des prix de mérite me tient très occupé. »

Grâce aux événements commémoratifs locaux du Mois de l’histoire des Noirs et à d’autres activités de la GCMVD à Halifax, le Capt Brown a rencontré un nombre étonnant de Brown dont les ancêtres sont noirs. « Cela donne à penser que nous pourrions être apparentés », souligne-t-il en riant.

De fait, Brown est un nom plutôt inattendu chez quelqu’un qui vient de la Sierra Leone, un pays comptant surtout des citoyens musulmans et indigènes, si vous n’êtes pas au courant d’un certain détail de l’histoire du Canada. À la fin des années 1700, une migration massive de plus de 500 Marrons, le terme pour désigner les Antillais descendants d’esclaves d’origine africaine qui ont trouvé refuge en Nouvelle-Écosse. Un certain nombre d’entre eux ont adopté Brown comme nom de famille. Ils étaient employés par les Britanniques pour travailler sur les fortifications de la Citadelle, mais ils n’aimaient pas le climat rude et les tentatives du gouvernement pour les convertir au christianisme. En 1880, presque tous les enfants de ces Marrons ont immigré en Sierra Leone, selon le Capt Brown.

« J’ai l’impression de boucler la boucle », souligne le Capt Brown en parlant de sa nouvelle ville de résidence, soit celle où ses ancêtres ont vécu et travaillée il y a deux siècles de cela.

Par Anne Duggan, Affaires publiques de l’Armée

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