Le mess des officiers de l’Armée canadienne, jadis la résidence de la dame aux coquelicots du Canada – une circonstance pertinente

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Article / Le 18 octobre 2017 / Numéro de projet : 14-0222

Ottawa (Ontario) — Le modus operandi de Lillian Freiman est « faites le bien discrètement ». En raison de son humilité, ses nombreuses réalisations pour le bien des anciens combattants en service et à leur retour de la Première Guerre mondiale et bon nombre d’autres causes à Ottawa et au Canada, malheureusement, sont demeurées peu connues dans les 77 ans suivant son décès.

Freiman est la première juive du Canada à être faite officier de l’Ordre de l’Empire britannique, qui lui est remis par le roi George V, le jour de l’An 1934, pour son travail avec les anciens combattants. Ses innombrables et variés efforts philanthropiques incroyables sont trop nombreux pour être énumérés ici. Elle est incontestablement la femme juive du Canada ayant le plus d’influence de sa génération.

Elle est la première femme à devenir membre honoraire à vie de la Légion royale canadienne, qu’elle a aidée à créer. Certaines de ses réalisations comprennent la participation auprès des leaders de l’Institut national canadien pour les aveugles, de la Croix-Rouge, de l’Amputations Association of Great War Veterans of Canada, de l’Armée du Salut, des Guides du Canada, de l’Association des grandes sœurs, du YMCA, la Société de Jeanne d’Arc et plusieurs autres. Pendant l’épidémie de grippe de 1918, le maire d’Ottawa fait appel à elle pour organiser une aide humanitaire de 1500 volontaires qui a retenu l’attention nationale.

En effet, il serait plus simple d’énumérer les quelques organismes avec lesquels elle n’a pas travaillé.

Le fameux poème Au champ d’honneur du technicien médical et soldat lieutenant-colonel John McCrae a amené le coquelicot à devenir le symbole officiel du souvenir et un moyen d’amasser des fonds pour les anciens combattants. La campagne annuelle du coquelicot commence aux États-Unis en 1918 et en Franc en 1920. À Ottawa, Freiman adopte la levée de fonds et les premiers coquelicots canadiens sont fabriqués dans son salon en 1921. En 1919, elle influence la création des ateliers des anciens combattants, qui engagent des militaires à leur retour pour fabriquer des meubles et des jouets. En 1923, ils commencent à s’occuper de la fabrication des coquelicots. Elle est membre du Comité consultatif national du coquelicot et préside la campagne annuelle du coquelicot à Ottawa presque tous les ans jusqu’à son décès.

À ses funérailles en 1940, le cercueil est recouvert de coquelicots rouges et des personnes de marque y assistent, notamment le premier ministre William Lyon Mackenzie King, le maire d’Ottawa Stanley Lewis, et les représentants de toutes les organisations pour lesquelles elle a travaillé. Une garde d’honneur de la Légion royale canadienne participe ainsi que bon nombre des 151 orphelins de guerre ukrainiens qu’elle a sauvés.

Fille d’un des plus anciens juifs fondateurs d’Ottawa, elle est née en 1885, à Mattawa (Ontario), et elle porte le nom de Lillian Bilsky. Dès la petite enfance, elle aide son père accomplir du travail social dans leur collectivité. Il s’agit d’une seconde nature chez elle de suivre cette voie à la suite de son mariage en 1903 à A.J. Freiman, propriétaire du grand magasin Freimans sur la rue Rideau. Le couple est un chef de file dans la communauté d’affaires et la collectivité juive.

Dans les mois qui suivent le déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, Freiman installe 30 machines à coudre dans sa résidence et organise des cercles de couture et de tricotage de la Croix-Rouge et envoie des draps, des couvertures et des vêtements à l’étranger. Elle aide à créer la The Great War Veterans Association – l’ancêtre de la Légion royale canadienne – donnant des espaces à bureaux dans sa résidence et elle écrit sa première lettre officielle en 1929.

Freiman voyage au Canada en 1921 pour amasser des fonds et trouver des domiciles pour 151 orphelins de guerre juifs, de l’Ukraine au Canada. Elle et son mari adoptent une jeune fille de 12 ans du groupe.

La maison des Freiman était la pierre angulaire de nombreux organismes philanthropiques, sans égard à la race, aux croyances ou à la religion, et pendant la Grande Crise, elle ouvre un hôtel proche appelé Trafalgar House, pour aider les anciens combattants à trouver leur chemin. Aucune personne dans le besoin ne passe sa porte les mains vides.

Le 29 décembre 1941, une plaque est dévoilée l’hôtel Trafalgar House par le major-général L.F. LaFleche, sous-ministre délégué des Services nationaux de guerre, sur laquelle il est inscrit : « À la douce mémoire et en l’honneur de Mme A.J. (Lillian) Freiman, OBE, officier national et rassembleuse générale à Ottawa du jour du coquelicot de la Légion canadienne. L’amie de tous les soldats et personnes à charge qui, en public ou en privé, offrait un service et de l’aide généreux, chaleureux et toujours efficace à leur cause à partir de 1914-18 jusqu’au jour de son décès, le 2 novembre 1940. »

Transportons-nous en 1957 lorsque la maison de style victorien des Freiman, situé au 149, rue Somerset Ouest à Ottawa, devient le domicile du mess des officiers de l’Armée à Ottawa. Endroit où a eu lieu de nombreux dîners de célébration, d’innombrables mariages et autres évènements, il s’agit d’un hommage légitime pour cette bâtisse qui reposait sur de nombreuses bonnes œuvres impliquant des soldats, anciens combattants et leur famille.

« Le mess des officiers de l’Armée porte aujourd'hui les traditions commencées par Mme Freiman comme un endroit où les soldats sont les bienvenus, » explique le lieutenant-colonel à la retraite Dan Mackay, l’historien du mess qui a ajouté la touche finale au mess récemment rénové. Le Lcol à la retraite Mackay était intrigué par l’histoire de la résidence, particulièrement lorsqu’il a commencé à découvrir les nombreuses pistes qui lient l’Armée, le manoir et les nombreuses et diverses activités de bienfaisance de Mme Freiman en soutien à l’effort de guerre et aux soldats qui rentrent au pays.

Dans le cadre de la rénovation, il a créé une exposition commémorative de ses contributions aux anciens combattants et à la société canadienne sur le mur du hall menant au conservatoire. « Lorsque j’ai fait mes recherches sur l’histoire de la résidence, je ne pouvais pas croire qu’elle n’était pas mieux connue à Ottawa après tout ce qu’elle avait accompli, » explique-t-il.

 

Écrit par Lynn Capuano, affaires publiques de l'Armée

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