Le premier conseiller spirituel autochtone fait le point sur le 1er anniversaire de son poste

Article / Le 19 octobre 2017 / Numéro de projet : 17-0280

Par Lynn Capuano, affaires publiques de l'Armée

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Voici la deuxième partie d’un article portant sur le premier conseiller autochtone des Forces armées canadiennes auprès de l’aumônier général. Dans la première partie, le sergent Moogly Tétrault-Hamel répond aux questions de Grant Cree, collaborateur au Western Sentinel (Edmonton), à propos de son nouveau rôle. Dans la deuxième partie, le Sgt Tétrault-Hamel fait un retour sur ce qu’il a accompli durant sa première année en poste. Voir les liens connexes pour lire le premier article.

Ottawa, Ontario — Alors que la terre a terminé une autre rotation autour du soleil en août 2017, le sergent Moogly Tétrault-Hamel a célébré les objectifs qu’il a atteints durant sa première année de mandat à titre conseiller autochtone auprès de l’aumônier général des Forces armées canadiennes (FAC), un nouveau poste au sein de l’organisation.

Le brigadier-général Guy Chapdelaine est un fort défenseur de l’évolution de l’aumônerie pour mieux refléter les systèmes de croyances de la société canadienne. Il dirige l’instruction de près de 250 aumôniers de la Force régulière et de 115 aumôniers de la Force de réserve de différentes confessions. À parts égales, il appuie fermement l’instruction et le transfert des connaissances lié à la spiritualité autochtone à son équipe.

« Les aumôniers sont appelés à servir tous les membres des FAC et leur famille, peu importe leur confession. Je m’attends à ce que chaque aumônier ait de la sollicitude à l’égard de tous, même ceux qui n’ont pas de confession. Je suis ravi que le Sgt Tétrault-Hamel se soit joint à notre équipe pour nous aider à répondre aux besoins spirituels de nos militaires autochtones », a déclaré le Bgén Chapdelaine.

Le besoin d’un poste de conseiller autochtone a été établi par le Groupe consultatif des Autochtones de la Défense (GCAD) en 2004. Pour donner suite au rapport de 2015 de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, Appels à l’action, un effort commun a été déployé entre le bureau de l’aumônier général et la Direction des droits de la personne et diversité des Forces armées canadiennes (DDPD) afin d’élaborer une approche stratégique à l’égard des enjeux autochtones.

Le Sgt Tétrault-Hamel a été choisi par des militaires autochtones de renom du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes (MDN/FAC) pour pourvoir au poste en 2016. Dans le cadre de son rôle polyvalent en constante expansion, le Sgt Tétrault-Hamel apporte ses connaissances autochtones et son expérience militaire exhaustive afin de développer une meilleure compréhension entre les membres autochtones et non autochtones du MDN/des FAC.

L’aumônier du commandement de l’Armée, le lieutenant-colonel Guy Bélisle, a affirmé : « Le Sgt Tétrault-Hamel est un bel atout pour l’Aumônerie et les Forces dans leur ensemble. Il a joué un rôle déterminant dans l’appui de la chaîne de commandement et du leadership du Service de l’aumônerie royale canadienne, en tant que conseiller, en mettant en place un milieu de travail inclusif et ouvert pour les Autochtones canadiens. J’encourage les aumôniers et les commandants à recourir à son expertise lorsqu’ils ont des questions ou des besoins. »

Le Sgt Tétrault-Hamel explique toutefois qu’il n’est pas un aumônier. « Il y a tellement de cultures autochtones différentes au Canada, il est impossible de parler au nom de toutes celles-ci pour accomplir ce rôle », a-t-il affirmé.

C’est pourquoi dans son rôle de conseiller, il obtient l’information dont il a besoin d’un réseau national d’aînés et de gardiens du savoir; il apporte son aide aux aumôniers concernant les pratiques spirituelles des Autochtones dans les bases; il élabore et offre des cours aux aumôniers; il assure la liaison avec les représentants nationaux et provinciaux autochtones et il formule des conseils sur les enjeux touchant les Autochtones dans l’ensemble du MDN/des FAC.

Le lieutenant-général Paul Wynnyk, commandant de l’Armée canadienne (cmdt AC), est actuellement le champion des peuples autochtones pour le MDN/les FAC. Pour les questions propres à l’Armée, le Sgt Tétrault-Hamel travaille étroitement avec l’adjudant-maître Grant Greyeyes, qui est le conseiller autochtone auprès du cmdt AC.

En outre, le Sgt Tétrault-Hamel travaille étroitement avec la DDPD et les organisations du GCAD. L’un des objectifs importants est le développement de diverses formes de soutien aux membres autochtones du MDN/des FAC en général, ce qui comprend des stratégies de maintien en poste et des procédures relatives à la transition entre la vie militaire et la vie en communauté.

Retour sur sa première année de mandat

Août 2017 a marqué le premier anniversaire de ce nouveau poste. Pour l’occasion, le Sgt Tétrault-Hamel est revenu sur les défis et les triomphes de sa première année de travail.

Q1 : Quel a été votre plus grand défi au cours de la dernière année?

R : Pour mettre fin à l’ignorance, il faut chercher à acquérir les connaissances qui permettront de combler les lacunes dans la compréhension. Or, souvent, ces lacunes sont comblées par de l’incompréhension et de la désinformation. Dans ces cas, il faut aller en profondeur pour isoler le cœur des problèmes et les remplacer par des solutions. Cela exige du temps et des efforts, mais c’est hautement efficace si tout est fait correctement.

Au Canada, il est impossible de travailler sur des enjeux autochtones sans avoir d’abord à faire de la sensibilisation à la culture autochtone. Au cours de la dernière année, j’ai eu l’occasion de renforcer la sensibilisation aux cultures autochtones avec les décideurs à Ottawa, ce qui était absolument nécessaire.

Lors de l’élaboration de nouvelles politiques qui concernent nos peuples autochtones, le processus d’approbation englobe de nombreux domaines d’expertise. Il est important de s’assurer que les experts en la matière connaissent les tenants et les aboutissants de ce qu’ils étudient d’un point de vue autochtone avant de leur permettre de formuler leurs recommandations professionnelles.

Q2: Pourquoi est-il important de défendre les droits spirituels de nos militaires autochtones?                                                                                                                                 

R : Il y a des milliers d’années, bien avant que les colonies européennes immigrent au Canada, nos ancêtres étaient intégrés dans la biodiversité de cette terre et ce sont eux qui ont mis sur pied nos premières forces armées. Notre contribution militaire en tant que forces alliées de la guerre de 1812 a façonné les frontières du Canada d’aujourd’hui. Depuis, les militaires autochtones combattent fièrement dans les Forces armées canadiennes et sont devenus les héros de notre passé. Nos manières culturelles et notre spiritualité faisaient partie de notre Défense nationale et elles en feront toujours partie.

C’est un honneur général et profond d’être exposé à notre culture et à notre spiritualité autochtones. Notre riche patrimoine culturel est rempli de branches de sagesse. Par la participation à des festivités métisses, l’échange de sourires et de rires inuits, la présence à des cérémonies des Premières Nations, notre culture et nos protocoles autochtones ont le pouvoir de faire en sorte que chacun se sente en famille à la maison.

Toutefois, notre relation avec la terre et la chaleur de nos cercles familiaux peuvent rendre les choses difficiles lorsque nous sommes loin de nos territoires sacrés, de nos amis et de nos familles. Pour un militaire, il est primordial d’avoir des aspects qui nous rappellent la maison, que ce soit du point de vue culinaire, traditionnel et/ou spirituel. Il s’agit également de belles occasions de partage avec des collègues non Autochtones et nous rattachons parfois même des voisins autochtones qui ont perdu leurs modes de vie ancestraux.

Lorsque les militaires autochtones s’enrôlent dans les Forces armées canadiennes et quittent temporairement leur famille et leur communauté, leur partenaire de vie, leurs enfants et eux-mêmes doivent consulter et maintenir leurs connaissances autochtones traditionnelles.

Lorsque l’heure de la retraite sonne et qu’ils doivent réintégrer le territoire traditionnel (20-25 ans plus tard), leurs aînés et leurs gardiens du savoir sont peut-être décédés. Il faut soutenir les militaires autochtones et leurs personnes à charge pour chercher et échanger des connaissances sacrées et une sensibilisation générale à la culture dans le milieu militaire afin de maintenir leurs modes de vie ancestraux pour que leurs descendants puissent continuer à assumer leurs devoirs culturels. Cela aidera également les familles militaires autochtones à réintégrer leur communauté comme partie intégrante à leur retraite.

Q3 : De quelle façon les politiques autochtones sont-elles incluses dans le milieu militaire?

R : Dans une structure organisationnelle et une méthodologie militaire, l’inexistence d’une politique écrite qui protège le soutien de nos militaires autochtones laisse une trop grande place à une mauvaise interprétation. Ces mauvaises interprétations ont une incidence directe sur nos militaires dont la voix reste limitée au bas de la chaîne de commandement.

Dans le milieu des années 1990, le Groupe consultatif des Autochtones de la Défense (GCAD) a été mis sur pied. Il est formé de membres civils et militaires du MDN/des FAC de partout au Canada. Le Groupe conseille le champion des peuples autochtones à la Défense sur les différents enjeux et les différentes tendances qui se répercutent sur le rôle et la qualité de vie des Autochtones qui servent au MDN/dans les FAC. Le commandant de l’Armée canadienne est présentement le champion des peuples autochtones du MDN/des FAC.

Dans le cadre d’une consultation avec le réseau national du GCAD, nos aînés et nos gardiens du savoir de partout au Canada, nos politiques autochtones doivent appuyer la tradition orale et la spiritualité tout en précisant les besoins et les méthodes pour le faire.

Ces politiques internes du MDN/des FAC doivent également interpréter notre perspective autochtone en fonction de la Loi canadienne sur les droits de la personne, de la Constitution canadienne, de la Loi sur les Indiens, de la Charte des droits et libertés, de la Proclamation royale du roi George III de 1763, de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, des codes provinciaux sur les droits de la personne et de la Commission de vérité et réconciliation du Canada : Appels à l’action.

Q4 : Quels sont vos espoirs concernant les enjeux autochtones dans les Forces armées canadiennes?

R : En éliminant les obstacles auxquels sont confrontés nos peuples autochtones sur cette terre, nous favorisons le droit d’arborer fièrement notre sentiment d’identité autochtone sur les plans spirituel et physique.

En tant que père de quatre merveilleux enfants, je ne fais que tenter de contribuer à l’avancement des causes autochtones, car s’ils désirent s’enrôler lorsqu’ils seront plus grands, cela risque d’être plus facile d’améliorer le sort de leurs enfants.

En tant que militaires, la polyvalence de nos styles de leadership et notre capacité à nous adapter aux cultures et aux terrains et étrangers sont essentiels à notre potentiel de réussite en tant qu’organisation. Au fil des ans, nous avons déployé de grands efforts pour apprendre des cultures, des populations et des dialectes étrangers. Or, nous continuons d’être confrontés à de grands défis au Canada à l’égard de la sensibilisation à nos propres peuples autochtones. Cependant, je crois que l’intérêt a commencé et j’envisage les années à venir avec beaucoup d’optimisme. Le dialogue est ouvert et nous semblons de tout cœur nous diriger vers cela.

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