Le travail du Ranger canadien Dollie Simon n’a pas de fin

Article / Le 21 mars 2016 / Numéro de projet : 16-0060

Fort Resolution (Territoires du Nord-Ouest) — Le Caporal-chef Therese « Dollie » Simon n’a peut-être pas inscrit « jongler » dans son impressionnante liste de compétences et des responsabilités comme membre du 1er Groupe de patrouilles des Rangers canadiens, mais c’est ce qu’elle fait souvent.

Outre son travail quotidien de coordonnatrice du programme communautaire de mieux-être de la Première nation Deninu K’ue à Fort Resolution, elle organise une semaine de la culture très prisée, dirige le programme local des Rangers juniors canadiens (RJC) et travaille sans relâche comme membre de la première ligne de défense du Nord. Bien qu’elle ait reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II pour son travail auprès des RJC, elle affirme qu’escorter la RJC Machaela Laroque, qui avait été choisie pour assister à la cérémonie du Jour du Souvenir au Monument commémoratif de guerre du Canada en 2015, a été un des points forts de sa carrière.

Q et R avec le Caporal-chef Dollie Simon

Q. Depuis combien d’années êtes-vous un Ranger canadien (RC, aussi appelé communément Ranger) et pourquoi vous êtes-vous enrôlée?

R. Je suis un Ranger depuis novembre 1994. En fait, je cherchais quelque chose de différent à faire, mais je n’avais pas réalisé que c’était quelque chose qui me manquait – sortir sur le terrain, chasser et reprendre ainsi le contact avec la nature. J’aime ça et, maintenant, j’ai des amis pour la vie partout au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest. Et nous apprenons toujours quelque chose de nouveau.

Q. Récemment, vous avez manqué une grosse activité des Rangers. Que s’est-il passé?

R. Je vais vous dire – je prévoyais y aller. Je suis allée voir le Chef et j’ai dit : « J’ai tout préparé pour la Foire de la santé, et je vais maintenant partir pour aller faire l’Exercice DENE RANGER. » Le Chef m’a fait asseoir et m’a dit : « Dollie, je ne t’ai jamais demandé de te tenir loin d’une activité des Rangers, mais là, nous avons vraiment besoin de toi. Tu fais tellement du bon travail lorsqu’il s’agit d’organiser des événements. S’il te plaît, reste ici pour la foire. » Je n’ai pas pu refuser. Je travaille pour la Première nation Deninu K’ue et celle-ci m’a toujours bien appuyée pour m’acquitter de mes responsabilités à l’égard des Rangers.

Q. Est-ce que certains membres de votre famille sont des Rangers?

R. Oui, mon fils, Dexter, est aussi un Ranger. Ma fille a été une Ranger, mais elle a déménagé, alors elle a dû mettre ça de côté pour un temps. Ils lui ont dit qu’elle pourrait reprendre son fusil dès qu’elle reviendrait dans le coin.

Q. Quelle compétence de Ranger a été la plus difficile à acquérir?

R. Tirer avec le fusil de calibre .303 (le Lee Enfield .303 original, de fabrication canadienne, est utilisé par les Rangers depuis 70 ans, et il sera remplacé par le Sako C-19 en 2017). Il est si lourd et si différent. J’étais habituée à tirer avec des fusils comme les calibres .22. Le calibre .303 est lourd et a un recul. J’avais l’épaule bleue la première fois que j’ai essayé de l’utiliser.

Q. Quelle compétence de Ranger était la plus inattendue?

R. Notre capacité à survivre aux éléments, peu importe la température ou s’il fait tempête. Nous rendons le camp confortable. Nous ne sommes pas gênés par ce genre de choses.

Q.  Comment votre communauté perçoit-elle les Rangers et leur travail?

R. Les membres de ma communauté sont particulièrement conscients des compétences des Rangers en recherche et en sauvetage. Toutefois, ils pensent que nous pouvons simplement sortir automatiquement et agir, alors que nous devons respecter un processus. Mon unité de Rangers effectue généralement deux recherches par année. Nous avons été très chanceux que ce nombre soit si petit. En gros, ce n’est pas parce que les gens sont perdus, mais parce qu’ils ont des problèmes d’équipement, comme une motoneige en panne.

Q. Quel est votre rôle principal en tant que Ranger?

R. Nous sommes les oreilles, les yeux et la voix des forces armées dans le Nord.

Q. Que vous a apporté le fait d’être une Ranger?

R. Eh bien, j’ai mentionné que je pensais que ce serait quelque chose de nouveau, mais en fait, ça a été un retour à quelque chose qui me manquait. Je me souviens lorsque j’étais au grand air quand j’étais une fillette. J’ai été élevée par mes grands-parents, alors tout cela a pris fin lorsqu’ils ont pris leur retraite et qu’ils sont restés en ville. Entrer dans les Rangers m’a permis de reprendre contact avec la beauté de notre territoire, et tout ça est gratuit. Vous pouvez aller et venir à votre guise. Mon fils et moi avons même bâti une cabane le long de la rivière des Esclaves simplement parce qu’on va souvent y faire des voyages de chasse.

Q. Quel est votre patrimoine? En tant que réserviste des Rangers canadiens, votre expérience a-t-elle été influencée par votre patrimoine, que ce soit positivement ou négativement?

R. Mon patrimoine est Chipewyan et un peu français qui me vient de mes grands-parents. Les Rangers ont toujours été une expérience positive – une pause du tumulte de la journée, même si nous travaillons fort. Le plus beau, c’est que nous sommes payés.

Q. Parlez-nous de votre travail de jour – de votre rôle comme coordonnatrice du mieux-être communautaire à Fort Resolution.

R. Depuis mai 1995, je travaille dans la cadre du programme de mieux-être communautaire de la Première nation Deninu K’ue. Mon travail consiste principalement à intervenir auprès de personnes qui souffrent de dépendance, comme à l’alcool ou aux drogues. Je les aiguille vers des centres de traitement. Récemment, nous avons commencé un programme « sur le terrain ». Je donne des exposés, par exemple sur les effets de l’alcool et des drogues. Nous avons récemment tenu une Foire de la santé où nous avons installé différents kiosques et où l’on attribuait des prix. Le grand prix était une tente de toile.

Q. Qu’est-ce que le programme « sur le terrain »?

R. On trouve maintenant de belles cabanes que la Première nation a bâties sur l’île Mission – on peut s’y rendre à pied, à vélo, à la rame et en véhicule motorisé. Nous avons un ensemble de couverts qu’on prête aux familles, et la Première nation achète certaines denrées d’épicerie. On peut faire les choses en famille – cuisiner, prendre un repas, sans appareils électroniques. C’est un programme unique qui fonctionne bien. La seule chose qu’on demande, c’est de ne consommer ni alcool ni drogues là-bas.

Q. Quelle est votre plus belle réalisation en tant que Ranger?

R. Ma plus belle réalisation est mon travail auprès des Rangers juniors canadiens.

Q. Est-ce que diriger les Rangers juniors canadiens fait partie de votre travail comme Ranger?

R. Oui, un chef des Rangers juniors canadiens dirige les RJC, à travers les tâches administratives et les activités. Je demande aux jeunes : « Que voulez-vous faire? » et les réponses que je reçois le plus souvent sont « Allons à la cabane! » et « Faisons quelque chose de différent. » Nous faisons de la prévention du harcèlement et de l’abus grâce à un programme réussi qui s’appelle PHASE [Prévention du harcèlement et de l’abus par la sensibilisation et l’éducation]. Nous avons notre compétition de tir à l’arc. Les Rangers travaillent avec l’école. L’an dernier, nous avons installé un poêle dans une cabane et les RJC nous ont aidés. Chaque fois qu’il y a un défilé, nous sommes tous là, sur un char ou à pied, en uniforme. Les RJC font beaucoup de bénévolat. Par exemple, lorsque les Anciens organisent un festin de Noël, on demande aux RJC de servir les Anciens.

Q. Depuis combien de temps travaillez-vous avec les Rangers juniors canadiens, et quels genres de choses faites-vous?

R. J’ai commencé il y a environ huit ans. Cette année, nous allons amener les jeunes de 16 à 18 ans suivre une formation avancée à Whitehorse, au Yukon. Ils doivent avoir au moins 16 ans parce qu’ils auront leur certificat d’armes à feu, une formation en VTT et qu’ils plongeront dans de l’eau glaciale pour apprendre le sauvetage sur glace. En juin, les rangers juniors de tous âges se joindront à nous lorsque nous irons au camp de cadets de Whitehorse pour les programmes de certificat de compétences traditionnelles, de la vie quotidienne et des Rangers. Cette année, je pourrai amener deux RJC pour suivre la formation avancée et huit RJC pour suivre la formation de base. Alors c’est très emballant.

Q. Combien de Rangers juniors canadiens compte votre groupe?

R. On compte entre 24 et 26 Rangers juniors canadiens. Je me rends à pied au travail et en chemin, je passe par la cour d’école. Certains jours, quelqu’un m’appelle par mon nom : « Dollie, Dollie! », alors j’attends et un garçon ou une fille vient me voir pour me dire : « J’ai eu douze ans aujourd’hui. Est-ce que je peux devenir un Ranger junior? » Je réponds : « OK, viens me voir après l’école, et je remplirai la paperasse pour toi. » Je trouve que c’est excitant.

Q. Quelles sont les compétences les plus populaires que les Rangers juniors canadiens acquièrent?

R. Ils aiment particulièrement être sur le terrain, faire des randonnées dans la nature, apprendre à cuisiner sur un feu à ciel ouvert, bâtir des abris de différents types et chasser. Derrière notre cabane sur la rivière des Esclaves, se trouve une prairie où nous pouvons chasser le buffle ou, si nous sommes vraiment chanceux, un orignal. Aussi, nous installons des collets à lapins et nous faisons du bannock. Ce sont les activités de survie de tous les jours que les enfants aiment.

Q. La Semaine de la culture, qui est organisée en partie par vous, est un événement très important à Fort Resolution depuis 12 ans. Pourquoi?

R. Mon défunt mari et moi avions l’habitude d’aller assez loin pour assister à un événement du genre, à Fort Reliance, ce qui prenait du temps et coûtait cher en essence. Peu de personnes de Fort Resolution s’y rendaient, alors nous avons décidé de tenir notre propre version afin que les gens puissent camper et faire le tour des activités. Nous installons 10 centres : fabrication de bannock, séchage de la viande, découpage du poisson en filets, séchage du poisson, canotage, installation de pièges et collets, artisanat, couture, danse carrée, chant, tambour traditionnel, jeux de mains et récit d’histoires. Tout ce qui marche bien, on le garde. Il y a des tirages pour de l’équipement sportif ainsi que d’autres beaux prix. Le soir, on tient des petites compétitions : lancer de hache, sciage de bûche, fendage de bûche, préparation de thé, course de canot, lancer de pièce et contes. Toute la communauté est là; il y a même des gens de Yellowknife, de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Fort Resolution, qui a une population de 474 habitants, est situé à l’embouchure de la rivière des Esclaves, sur la rive du Grand lac des Esclaves, à la toute fin de l’autoroute de Fort Resolution (l’autoroute 6). C’est la plus ancienne communauté documentée des Territoires du Nord-Ouest, c’est un lien essentiel de la voie maritime du Nord de la traite de la fourrure.

Par Anne Duggan, Affaires publiques de l’Armée

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