Les acronymes de l’Armée, tout un défi pour une actrice du film Hyena Road

Galerie d'images

Article / Le 4 novembre 2015 / Numéro de projet : 15-0181

Shilo (Manitoba) — Apprendre le texte du scénario du film Hyena Road n’a pas été difficile pour Christine Horne, une actrice canadienne de 33 ans qui a fait partie de la distribution de films tels que Stories We Tell et La captive.

Par contre, pour comprendre le sens de certains acronymes de l’Armée canadienne utilisés sur le plateau du plus récent film de Paul Gross, il a fallu faire appel à des militaires des Forces armées canadiennes qui agissaient à titre de consultants pour cette production.

« Le travail de l’acteur consiste à interpréter le rôle d’une personne qui fait son travail, un médecin par exemple », explique Christine Horne, l’actrice qui tient la vedette dans le film Hyena Road. « Pour moi, ce personnage de militaire était un rôle comme les autres. »

« Contrairement aux acteurs masculins, je n’ai suivi qu’un entraînement physique (et de maniement des armes) léger, car mon personnage demeure surtout à la base et non sur le terrain où les combats ont lieu. » (La seule fois où elle a été appelée à porter un casque militaire, c’est lors de la période de préparation pour le rôle, à bord d’un véhicule blindé léger dans la zone d’entraînement de Shilo.)

« Mais l’aspect le plus difficile de mon rôle a été l’apprentissage de tous ces acronymes. Mon plus grand défi a été d’apprendre le langage des militaires. On veut que les dialogues soient crédibles et les militaires utilisent un grand nombre de mots de code, par exemple cmdtA [commandant adjoint] et BOA [base d’opérations avancée]. »

« Ce fut l’un des plus grands défis du scénario de Paul : réussir à comprendre ce que nous disions aux autres acteurs. »

Hyena Road, qui est arrivé sur nos écrans le 9 octobre 2015. Il a été écrit, produit et réalisé par Paul Gross, qui joue aussi le rôle principal d’un officier haut gradé du renseignement dans ce film de deux heures.

Ce drame de guerre canadien raconte l’histoire de trois hommes de milieux différents engagés dans un conflit et appelés à travailler ensemble pour sauver des vies. Le premier est un tireur d’élite hautement qualifié (Allan Hawco) qui ne peut considérer ses cibles comme des êtres humains. Le deuxième est un officier du renseignement (Paul Gross) qui n’a jamais tué dans le cadre de ses fonctions. Le troisième est un combattant afghan légendaire surnommé « le fantôme » (Niamatullah Arghandabi); il a tourné le dos à la guerre, mais qui doit revenir au combat.

Pendant 15 jours à l’automne 2014, une partie du tournage s’est déroulée à la Base des Forces canadiennes Shilo et dans une carrière située à proximité. Des militaires de cette base qui se trouve à 35 kilomètres à l’est de Brandon (Manitoba) ont fait de la figuration pour donner une touche d’authenticité au film. Le cadre du film se situe en Afghanistan, mais c’est en Jordanie que la suite du tournage a eu lieu.

Mme Horne était des plus heureuses de pouvoir parler à des membres de l’Armée canadienne au cours de son processus de transformation pour le rôle du capitaine Jennifer Bowman. Elle était consciente que pour offrir une prestation crédible, il ne suffit pas simplement d’enfiler un uniforme. Elle a même passé une journée à l’entraînement avec des membres du 2e Bataillon, Princess Patricia's Canadian Light Infantry, lors de l’exercice KAPYONG SPEAR, un exercice de tir réel interarmes qui regroupait des capacités de l’infanterie, de l’artillerie, du génie et de l’aviation.

« Tout était nouveau, j’apprenais au fur et à mesure », explique-t-elle. « J’ai pu m’entretenir avec des militaires. Heureusement, j’ai pu aussi observer une femme capitaine pendant qu’elle faisait ses exercices d’entraînement. »

« Comparativement aux hommes de la production qui ont dû suivre un entraînement de type militaire, mon entraînement était moins physique. Ils ont également eu accès à un tireur d’élite consultant pour leurs rôles. Pour ma part, j’ai posé beaucoup de questions chaque fois que j’en avais. Je voulais que mon personnage soit juste, qu’il soit réaliste. »

Paul Gross a réalisé le long métrage Passchendaele en 2009, un film basé sur la célèbre et sanglante bataille de la Première Guerre mondiale à laquelle 50 000 militaires canadiens ont participé et héroïquement combattu à Ypres, en Belgique. M. Gross croyait initialement que ce film serait son unique long métrage sur la guerre, mais une visite aux troupes canadiennes en Afghanistan en 2010 le fit changer d’idée et mena au projet d’Hyena Road.

« Ce contact avec la guerre lors de cette visite a eu sur moi un effet inattendu et fascinant », souligne-t-il. « Lorsque je me suis retrouvé au milieu de la zone de guerre et que j’ai constaté son absolue complexité et avec quelle dignité les militaires représentaient les Canadiens, je me suis dit que je devais retourner en Afghanistan avec une équipe de tournage et que je devais documenter ce que j’avais vu le mieux que je le pouvais. »

Il a passé dix jours là-bas, accumulant plus de 60 heures de séquences filmées à bord de différents aéronefs militaires dans les BOA de l’aérodrome de Kandahar et de la ville de Kandahar elle-même.

Ne disposant pas de matériel d’éclairage pour lui permettre de travailler après le crépuscule, il a occupé ses soirées à parler avec les militaires, les écoutant raconter leurs histoires et leurs expériences. De retour chez lui, ces milliers de récits l’ont aidé à élaborer le scénario d’Hyena Road.

Qu’a-t-il trouvé en Mme Horne pour la choisir pour interpréter le Capt Bowman?

« Christine a dû relever le plus difficile des défis de ce film. En raison de notre horaire, elle a dû tourner un très grand nombre de scènes, dont plusieurs chargées d’émotions, en une période très limitée de quelques jours à peine. »

« Elle a été magnifique. J’étais convaincu hors de tout doute qu’elle serait à même de donner une véritable humanité à toutes les trames affectives du film et qu’elle parviendrait à nous briser le cœur. »

« Sa prestation a été magnifique à tous les niveaux; elle est nuancée, complexe et superbe. Elle porte son grade avec l’autorité adéquate tout en demeurant humaine et vulnérable. Plus important encore, elle a composé son personnage, Jennifer, et l’a présenté comme une femme adulte et non une ingénue. Une vraie femme dans un monde très difficile. »

« Jouer ce personnage a été pour moi une expérience positive, mais je pense à tous les militaires qui ont vécu des expériences horribles durant la guerre. Interpréter un rôle a été facile pour moi; être un soldat et faire des sacrifices pour son pays, voilà quelque chose de vrai. »

Prochain projet pour Mme Horne : une pièce de théâtre intitulée The Road To Paradise, une œuvre qui possède une émotion similaire à celle d’Hyena Road en raison du sujet.

Cette pièce porte sur un enfant qui devient l’auteur d’un attentat-suicide à la bombe au Pakistan, sur un militaire canadien et sur un immigrant afghan à Toronto. Ces trois mondes entrent en collision dans cette pièce sur l’amour et le deuil en période de guerre. Basée sur des entrevues menées auprès des membres de familles des FAC, de l’armée pakistanaise et de talibans, cette pièce explore de quelles façons la guerre en Afghanistan affecte les vies de femmes et d’enfants. La levée du rideau aura lieu à Toronto le 14 novembre 2015 et la pièce sera présentée durant deux semaines.

Par Jules Xavier, rédacteur en chef, journal Shilo Stag

Date de modification :