Les histoires de guerre des Autochtones « doivent être racontées » affirme un historien québécois

Article / Le 3 octobre 2018 / Numéro de projet : 18-0367

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Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

Rivière-du-Loup, Québec — Un historien amateur du Québec s’est fixé un objectif ambitieux, celui de documenter tous les militaires autochtones de l’Amérique du Nord qui ont servi depuis la découverte du continent par les Européens en 1492.

Dans son rôle de président de l’Association de recherche des anciens combattants amérindiens, Yann Castelnot, un résidant de Rivière-du-loup, a déjà compilé la liste des noms et des histoires de quelque 150 000 vétérans autochtones du Canada et des États-Unis dans une base de données en ligne.

Il a entamé ses travaux en 1998, inspiré par un article portant sur les militaires autochtones de la Première Guerre mondiale.

« À l’époque, Internet n’était pas aussi développé qu’aujourd’hui et le sujet des vétérans américains autochtones n’était traité nulle part », se souvient-il.

M. Castelnot, qui vit au Canada depuis plus d’une décennie, a grandi dans la région de Vimy, en France, et à proximité d’emplacements d’importance de la Première Guerre mondiale, notamment la Somme en France et la région d’Yprès en Belgique, ce qui a enflammé son imagination.

« Il est difficile d’expliquer ce que cela signifie sans l’avoir vu de ses propres yeux », explique-t-il. « Mais on trouve un monument ou un cimetière militaire dans chaque communauté du secteur. Ils sont solidement enracinés dans notre culture et notre fierté. »

M. Castelnot a fait remarquer que les militaires de l’Amérique du Nord ont servi fièrement et de façon volontaire.

Il a affirmé « Bon nombre d’entre eux n’ont pas eu la vie facile lorsqu’ils sont revenus de la Première Guerre mondiale, mais ils se sont réengagés volontairement durant la Seconde Guerre mondiale. Il faut raconter l’histoire des militaires qui ont combattu de l’autre côté du monde pour garantir la liberté d’autres personnes. »

M. Castelnot a commencé en cherchant des noms de personnes ayant participé aux guerres mondiales, mais il a rapidement étendu son projet à toutes les personnes ayant servi après le 29 décembre 1890 – la date du massacre de Wounded Knee, lorsque les troupes du gouvernement des États-Unis ont tué des membres de la tribu Sioux dans le Dakota du Sud. On ne s’entend pas sur le nombre de personnes décédées, mais certaines sources font état de 300 morts, dont bon nombre serait des femmes et des enfants.

Il a reçu des honneurs pour son travail, notamment la Médaille du jubilé de diamant de la reine remise par le gouverneur général en 2013, d’où il aurait puisé l’inspiration nécessaire pour commencer à remonter jusqu’en 1492.

« Les personnes qui ont servi durant la guerre des Boers ou la guerre de 1812 ont elles aussi le droit d’être honorées. C’est pourquoi je suis à la recherche de plus de 500 000 militaires. Si je pouvais, je ferais la même recherche et le même travail de mémoire pour tous les militaires, mais c’est impossible pour un amateur comme moi. »

La gouverneure générale Julie Payette a rendu hommage à M. Castelnot en lui décernant le Prix pour l’entraide en 2017 – la même année où il a reçu la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants.

« C’est un grand honneur pour un citoyen français qui est devenu citoyen canadien », a-t-il ajouté. « Recevoir ces distinctions est un signe que je dois continuer ».

Des vétérans autochtones notables du Canada

De nombreux Canadiens connaissent le sergent-major de compagnie Francis Pegahmagabow et le sergent Tommy Prince. Le SMC Pegahmagabow a compté parmi les 38 Canadiens à recevoir la Médaille militaire avec deux barrettes en reconnaissance de son service durant la Première Guerre mondiale. Le Sgt Prince s’est vu décerner un total de 11 médailles pour son service durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée.

M. Castelnot a fourni les noms des vétérans autochtones canadiens suivants que les Canadiens devraient connaître.

Sergent Frank Narcisse Jérome

Membre Mi’kmaq de la Première Nation de Gesgapegiag, le Sgt Jérome a été l’un des rares Canadiens à recevoir la Médaille militaire à trois reprises en reconnaissance de son service durant la Première Guerre mondiale.

En novembre 1917, près d’Avion, en France, il a tenu sa position sous des tirs d’artillerie et il a contribué à neutraliser des attaques de l’ennemi en même temps. Sur sa médaille militaire, on pouvait lire : « Son calme sous le feu ennemi était une grande source d’inspiration au sein de tous les rangs. »

Capitaine Alexander Smith, fils

Fils du chef Alexander George Smith des Six Nations de Cayuga, le Capt Smith a reçu la Croix militaire en septembre 1916 durant la deuxième attaque de la Somme par les alliés. La citation se lisait comme suit : « Il avança avec un détachement de bombardiers, s’empara d’une tranchée ennemie et fit 50 prisonniers, faisant preuve d’un courage extraordinaire. Il reçut des avalanches d’obus à deux reprises, mais il resta à son poste. »

Il a également été nommé Officier de l’Ordre du Canada de Black Star, un ordre de la Pologne, en reconnaissance de son service distingué dans un camp d’entraînement à Niagara-on-the-Lake, en Ontario, où de nombreux militaires polonais s’entraînaient. Le Capt Smith est plus tard devenu chef de la Réserve des Six Nations de la rivière Grand, près de Brantford, en Ontario.

Caporal-chef Kristal Lee-Anne Giesebrecht

Le Cplc Giesebrecht, une adjointe médicale au 1er Hôpital de campagne du Canada, a été tué au combat en juin 2010 durant sa deuxième mission en Afghanistan. En tant que membre des Mohawks de la baie de Quinte, elle a reçu une Médaille du sacrifice (à titre posthume) ainsi que la Médaille du service en Asie du Sud-Ouest avec barrette de l’Afghanistan.

Sergent (retraité) Daniel Lafontaine

Le Sgt (ret) Lafontaine est un vétéran métis des opérations de maintien de la paix à Chypre et en Ex-Yougoslavie. Il a souffert d’état de stress post-traumatique après avoir pris sa retraite des Forces armées en 2003 et il a continué à plaider la cause des autres vétérans malades et blessés.

Le Sgt (ret) Lafontaine est un vétéran métis des opérations de maintien de la paix à Chypre et en Ex-Yougoslavie. Il a souffert d’état de stress post-traumatique après avoir pris sa retraite des Forces armées en 2003 et il a continué à plaider la cause des autres vétérans malades et blessés.

Il a été reconnu pour son travail et a reçu des mentions élogieuse du ministre des Anciens Combattants et de Le Bureau de l'ombudsman des vétérans.

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