ARCHIVÉE - « Les soldats canadiens m’ont ramené à la vie. » M. Farnetti-Bragaglia rend officiellement hommage aux soldats canadiens qui lui ont sauvé la vie

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Article / Le 7 novembre 2014 / Numéro de projet : 14-0227

OTTAWA, ONTARIO — En 1944, dans une carrière en dehors de la ville italienne de Torrice, les soldats canadiens Paul Hagen et Ike Klassen ont entendu ce qu’ils croyaient être un chien en détresse. Or, ils ont découvert que c’était un jeune garçon, presque entièrement nu, qui se trouvait près des ruines laissées par un affrontement mortel entre des unités blindées canadiennes et allemandes. L’enfant de cinq ans, recouvert de saletés, se recroquevillait sur lui-même au milieu des débris et des décombres de la carrière. Il était tellement dénutri que son ventre était ballonné.  

Il s’agit de l’histoire de M. Gino Farnetti-Bragaglia, aujourd’hui âgé de 76 ans. C’est aussi l’histoire de deux valeureux et charitables soldats du Peloton C qui ont soigné les blessures du garçon et qui l’ont nourri. Les hommes ont réussi à comprendre que le garçon s’appelait Gino, que son père avait été tué dans la guerre désastreuse et que sa mère s’était enfuie dans les bois et demeurait introuvable.

En juin de cette année, M. Gino Farnetti-Bragaglia est parti de sa ville d’origine en Italie en destination du Canada afin de rendre hommage aux soldats canadiens de la Campagne d’Italie de la Seconde Guerre mondiale à qui il doit la vie, car ils l’ont sauvé des ravages de la guerre il y a de cela plus de 70 ans. MM. Paul Hagen, Merton Massey, Doug Walker et Lloyd ‘Red’ Oliver ont survécu à la guerre, mais ils sont décédés depuis. Gino a rencontré les membres de la famille de ses secouristes. Récemment, il a appris que des membres de sa propre famille élargie habitaient au Canada, et il a eu l’occasion de faire leur connaissance.

« Je pense souvent à ces jours durant la guerre. Cet incident a complètement changé ma vie », a expliqué Gino par l’intermédiaire d’un interprète lors d’une soirée organisée au Musée canadien de la guerre le 18 juin 2014. M. Farnetti-Bragaglia se souvient des moments qui ont précédé son sauvetage : « Avant d’être trouvé, ma principale préoccupation était la nourriture. Je me disais que lorsque je trouverais de la nourriture, je pourrais satisfaire mes besoins. »

L’invasion alliée de la Sicile, également connue sous le nom d’opération HUSKY, a été une importante campagne de la Seconde Guerre mondiale dans le cadre de laquelle les Canadiens et les alliés se sont emparés de la Sicile, une île italienne du Sud. Cette opération de grande envergure a lancé la Campagne d’Italie. La région était extrêmement dangereuse et les troupes devaient maintenir en permanence les voies de transport et l’approvisionnement pour les partenaires alliés, sous le couvert de l’obscurité et au nez et à la barbe de l’ennemi. 

En 1944, la bataille de la Sicile avait été remportée. Par un heureux hasard de la vie, en juin 1944, les troupes canadiennes se sont retrouvées au nord de Frosinone, et plus particulièrement les soldats du Peloton C, qui ont joué un rôle crucial dans la vie d’un garçon orphelin italien. Après avoir décidé qu’ils ne pouvaient pas le laisser seul, les soldats ont transporté Gino jusqu’à leur base et il a passé sa première nuit avec le Peloton, dans une tente en compagnie de Paul Hagen et d’Ike Klassen. Sa présence a seulement été signalée le lendemain matin au commandant du Peloton, le lieutenant Smith.

« Ce dont je me souviens le plus, ce sont les soins et l’amour que j’ai immédiatement reçus de ces hommes dès qu’ils m’ont trouvé », se rappelle M. Farnetti-Bragaglia.

Le Lt Smith a rapidement trouvé le village de Gino et les personnes qui le connaissaient. Les soldats ont appris qu’il n’avait aucun proche parent connu. La guerre avait appauvri la plupart des villageois et peu d’entre eux ne pouvaient nourrir leur famille, et encore moins prendre sous leur aile un enfant orphelin. Il a donc été décidé que Gino resterait avec le Peloton C, car ce dernier était en meilleur position pour prendre soin de lui.

Gino est déménagé dans une plus grande tente qui appartenait à Lloyd ‘Red’ Oliver et à Merton Massey. Les deux soldats canadiens sont devenus des pères de substitution pour le garçon, lui offrant du mentorat et du tutorat. Le jeune orphelin a rapidement conquis le cœur de tous ses secouristes. Red Oliver lui a appris l’anglais, les chiffres et des passages de la Bible, et il a été promu caporal. Tous s’amusaient à l’appeler la mascotte du Peloton C. On le voyait souvent à bicyclette autour de la base alors qu’il s’acquittait de son devoir d’estafette afin de soutenir l’effort de guerre. 

« Les soldats étaient bons pour moi. Ils avaient du plaisir avec moi. Ils m’ont ramené à la vie », se souvient-il avec les larmes aux yeux.

Lorsque le Peloton changeait d’emplacements, il le suivait. Or, Gino, qui n’avait pas de documents officiels, ne pouvait pas sortir du pays. Lorsque les soldats ont dû quitter l’Italie, Red Oliver, qui avait tissé des liens particulièrement serrés avec Gino, a reçu une permission spéciale de se rendre à Viserba avec Gino.

À leur arrivée, Oliver a pris des arrangements avec le maire de la ville et le bureau des services stratégiques (OSS), sous le leadership de Tony Monti, pour prendre soin du garçon. Un partisan italien, qui faisait également partie de l’OSS, a adopté Gino et l’a accueilli dans sa famille. Ce n’est que 10 ans plus tard que les tribunaux ont permis à Gino d’utiliser le nom de famille Farnetti.   

Les chercheurs qui sont tombés par hasard sur cette histoire il y a trois ans étaient tellement intrigués qu’ils ont retracé Gino et deux des soldats canadiens, Paul Hagen et Red Oliver, ainsi que la mère adoptive de Gino, Rina Farnetti. Les éléments manquants de la vie de Gino avant son sauvetage ont été retrouvés lorsqu’un chercheur a réussi à mettre la main sur l’acte de baptême de Gino Bragaglia, fils de Giuseppe et de Filomena. Grâce à cet élément d’information vital, ils ont été en mesure de retracer ses racines familiales.

En octobre 2013, M. Farnetti-Bragaglia s’est rendu à Torrice, en Italie, pour la première fois depuis 1944. Il a rencontré ses nièces et ses neveux et il a visité le cimetière où sont enterrés ses parents et son frère. On lui a décerné le titre de citoyen honoraire de la ville en décembre 2013. La boucle était enfin bouclée, et toutes les parties de l’histoire rassemblées.

L’ancien attaché de Défense du Canada en Italie, Tony Battista, a joué un rôle déterminant dans la coordination de la visite de M. Farnetti-Bragaglia au Canada. Afin d’assurer la réussite de la visite de M. Farnetti-Bragaglia, il a travaillé en collaboration avec le Peace Through Valour Committee, qui a amassé des fonds pour l’érection d’un monument permanent dédié aux soldats canadiens qui ont contribué à la libération de l’Italie, et avec les organisateurs de l’Opération HUSKY 2013, une initiative dans le cadre de laquelle des militaires ont parcouru les routes empruntées par les soldats canadiens lors de la Campagne d’Italie.

De nombreux Canadiens ignorent les contributions exceptionnelles qu’ont apportées nos soldats durant la Campagne d’Italie et encore moins nombreux sont ceux qui connaissent des histoires comme celle de Gino. Comme tous les Canadiens qui ont combattu durant des guerres avant ou après le sauvetage, Paul Hagen, Merton Massey, Doug Walker et Lloyd Oliver ont fait preuve de compassion et d’altruisme. Tous les Canadiens ont le devoir de faire en sorte que ce genre d’histoire ne tombe pas dans l’oubli et soit raconté afin que nous n’oublions jamais les sacrifices, souvent durement consentis, dans la lutte pour la liberté et les droits de tous les peuples.

Par Helen Bobat, Affaires publiques de l’Armée

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