Sergent-major, oui Madame!

Article / Le 8 mars 2016 / Numéro de projet : 16-0055

Saskatoon (Saskatchewan) — L’adjudant-maître (Adjum) Shelly Bellisle est le sergent-major régimentaire (SMR) du 38e Bataillon des services (38 Bon Svc). Il s’agit de la seule femme SMR dans la 3e Division du Canada (3 Div CA), un vaste secteur canadien qui s’étend de Thunder Bay (Ontario) jusqu’à l’océan Pacifique, en traversant quatre provinces.

L’Adjum Bellisle est née à Prince Albert (Saskatchewan) et a grandi dans une collectivité rurale juste au nord de la ville. Elle s’est jointe à l’Armée canadienne il y a 26 ans. Aujourd’hui, non seulement doit-elle parcourir 140 km une à deux fois par semaine pour se rendre à son bureau à Saskatoon, mais elle travaille en plus dans trois fuseaux horaires différents au cours d’une année. Les compagnies de services sous son commandement, la 16e Compagnie des services (Saskatchewan) en Alberta, la 17e Compagnie des services (Winnipeg) au Manitoba et la 18e Compagnie des services (Thunder Bay) en Ontario, fournissent les services de transport, d’approvisionnement, d’alimentation et de maintenance requis pour appuyer toutes les unités de campagne du 38e Groupe-brigade du Canada.

Ces prouesses géographiques nécessitent un niveau d’engagement élevé, mais elles ne sont rien en comparaison au dévouement de l’Adjum Bellisle envers ses troupes. « Je n’arrive pas à décrire pleinement à quel point j’aime ce défi et la résilience des soldats que je sers et que j’encadre », affirme-t-elle.

Sur le plan personnel et familial, elle estime que sa vie est occupée et réussie. Son époux, l’Adjum Ramsay Bellisle, est actuellement sergent quartier-maître instructeur du North Saskatchewan Regiment (N Sask R), et deviendra SRM de ce même régiment plus tard en 2016. Leurs enfants Brenan, 17 ans, et Miranda, 15 ans, se tiennent eux aussi occupés : ils pratiquent des sports de haut niveau, occupent un emploi et font partie du corps des services de Scouts Canada.

« Heureusement, j’aime beaucoup conduire, faire du bénévolat et encadrer les gens », explique l’Adjum Bellisle.

« Notre fils nous a récemment fait part de son intérêt à se joindre à l’Armée après ses études secondaires. Nous sommes en train de l’aider à décider la voie qui lui conviendra le mieux », poursuit-elle.

Comme bon nombre de réservistes, l’Adjum Bellisle occupe un emploi civil. Elle travaille comme agente de l’approvisionnement et des services pour le Service correctionnel du Canada au pénitencier de la Saskatchewan.

« Mon travail comme agente au Service correctionnel du Canada et comme SRM dans la Première réserve comporte certains points en communs. Les deux emplois nécessitent une bonne compréhension des comportements humains. Les deux groupes ont besoin d’une certaine cohérence et d’un environnement structuré. La principale différence est que l’un des groupes a fait des démarches actives pour avoir l’occasion de participer et de servir. »

Entrevue avec l’Adjum Bellisle

Q : Comment avez-vous joint la Première réserve de l’Armée canadienne?

R : J’ai fait mes études secondaires dans une petite école rurale. Certains de mes amis dans la classe avant moi servaient dans l’unité locale. Lorsque je leur demandais ce qu’ils faisaient, je n’étais jamais satisfaite de leurs réponses. J’ai donc voulu le découvrir par moi-même.

Dans ma classe de 12e année en 1990, 8 des 27 élèves finissants se sont joints à la Compagnie B du North Saskatchewan Regiment à Prince Albert, en Saskatchewan.

Q : Êtes-vous issue d’une famille de militaires? Pourquoi avez-vous décidé de vous joindre à l’Armée?

R : Je ne proviens pas d’une famille de militaires. J’ai seulement découvert deux ans après mon enrôlement qu’un de mes grands-oncles avait combattu durant la Seconde Guerre mondiale. Mais je peux vous garantir que j’ai maintenant une famille dans l’Armée.

J’ai d’abord intégré la Première réserve de l’Armée, qui s’appelait alors la « Milice », en tant que fantassin. Peu après mon arrivée à l’unité, j’ai obtenu un poste de technicien en approvisionnement (tech appro). On m’avait dit que je pourrais continuer de faire toutes les tâches de l’infanterie, tout en ayant accès à de meilleures possibilités d’emploi en tant que tech appro. C’était le meilleur des deux mondes.

Les affectations subséquentes m’ont permis d’accepter plusieurs postes à la 15e Escadre Moose Jaw, à la BFC Dundurn (Saskatchewan), à la Base des Forces canadiennes Wainwright (Alberta) et à la Base des Forces canadiennes (Manitoba).

Q : Le fait d'être une femme a-t-il été problématique à votre arrivée dans l’Armée?

Je me suis enrôlée avec deux amies, et il y avait d’autres femmes lors de mon instruction de base. L’unité comptait plusieurs femmes militaires du rang et une officier lorsque je suis arrivée. Je me suis sentie incluse et, dans mon souvenir, il n’y avait pas de problèmes d’inégalité. Tout le monde avait un travail et un but.

Q : Pourriez-vous décrire les déploiements auxquels vous avez participé au Canada et à l’étranger?

R : J’ai participé à l’exercice automnal annuel, le FALLEX, en septembre 1991 à Lahr, en Allemagne. J’ai été sélectionnée en raison de mon GPM de tech appro, puis on m’a choisie pour assister le personnel médical et pour conduire les ambulances ou être à bord de celles-ci.

Ce fut une expérience très enrichissante de travailler dans le cadre d’un exercice d’opération mondial avec le 4e Bataillon des services. J’y ai eu mon premier aperçu de la réputation du Canada à l’échelle internationale. Nous étions respectés à tous les endroits où nous allions, et notre attitude et notre professionnalisme ont contribué à maintenir cette réputation.

J’ai aussi pris part à l’opération PEREGRINE à Kelowna, en Colombie-Britannique, en 2003 pour aider à la lutte contre les incendies qui faisaient rage dans la province cet été-là.

Ce fut une occasion très importante pour moi de servir directement mes concitoyens. L’immense reconnaissance de la population locale était touchante et parfois même presque embarrassante. Une partie de mon travail consistait à effectuer les achats pour les équipes de ligne. Une fois, on m’a demandé d’aller acheter un poste radio sans fil à ondes courtes à manivelle chez Radio Shack. Pendant qu’on me servait, un couple est entré dans le magasin, à la recherche du même article, pour savoir si leur maison avait survécu au brasier. Le représentant est arrivé avec le dernier poste radio; le couple a refusé de le prendre même si je leur ai dit que leur besoin était plus important que le mien. Pour éviter une situation émotive, j’ai acheté l’article mais j’ai dirigé le couple vers le magasin Sears, qui en avait aussi à vendre d’après ce qu’on m’avait dit. Ils ont pu acheter le poste radio et ont appris que leur maison était intacte.

Je ne sais pas si je préfère les déploiements internationaux aux opérations nationales. Les deux expériences sont gratifiantes et enrichissantes. Ma tâche la plus difficile mais la plus valorisante a été de venir en aide aux familles de militaires en déploiement et aux militaires eux-mêmes à leur retour d’Afghanistan.

Q: Quel a été votre cheminement pour devenir SRM?

R : J’ai eu l’honneur de servir et d’appuyer des troupes dans différentes unités et un groupe tactique dont j’ai fait partie. Avec le North Saskatchewan Regiment et le Groupe tactique d’infanterie de la Saskatchewan, j’ai successivement occupé les fonctions de magasinier, de quartier-maître de compagnie et de quartier-maitre régimentaire sur une période de 22 ans.

Dans le cadre de ces fonctions, je devais continuellement communiquer avec d’autres unités, des organismes civils, des troupes internationales et des Canadiens de partout au pays. J’ai eu l’occasion de m’exercer et de travailler avec des troupes américaines lors d’échanges au Canada en 2007 et aux États-Unis en 2013, ce qui s’est avéré très enrichissant. Cette expérience avec les gens m’a grandement préparée à mes fonctions de sergent-major.

En 2012, j’ai été mutée au 38e Bataillon des services. C’était un choix très difficile, puisque c’était comme quitter ma famille après 22 ans. Mais ce n’était plus possible pour moi d’avancer en grade où j’étais. En octobre 2012, moins de six mois après mon arrivée dans ma nouvelle organisation, j’ai été nommée sergent-major de la 16e compagnie des services. Je suis ensuite devenue SRM du bataillon en mars 2014.

J’ai l’intention de servir aussi longtemps que ma contribution est utile. Je préférerais arrêter au grade d’adjudant-maître, mais je vais évaluer les options à mesure qu’elles se présenteront. Mon rôle de SRM a été parmi les plus valorisants de ma carrière jusqu’à maintenant.

Q : Est-il peu commun de voir des femmes SRM?

R : À ma connaissance, je suis la seule femme SRM dans la 3 Div CA, donc ma situation semble en effet peu commune. Mais je n’ai absolument pas l’impression que cette réalité a une incidence sur mon travail et mes relations.

Q : À titre de femmes membres des FAC et leader supérieure, quel message aimeriez-vous transmettre aux jeunes femmes, de même qu’aux jeunes hommes, qui vous voient comme un modèle à suivre?

R : Je répondrai en faisant référence aux devises des deux unités avec lesquelles j’ai servi. Cede Nulls (Ne cède à personne) est la devise du N Sask R et United and Enduring (Unité et endurance) est celle du 38e Bataillon des services.

Ces devises semblent être des phrases simples, mais elles reflètent mes valeurs et les objectifs que je m’efforce d’atteindre. La vie est remplie de défis, mais rien n’est insurmontable ni inatteignable. Entourez-vous de gens de confiance et soyez une personne de confiance vous aussi. Vos efforts et votre pensée critique et créative finiront par vous mener au succès, même si le résultat final n’est pas nécessairement ce que vous aviez prévu au départ.

J’espère avoir rendu à certains de mes soldats ne serait-ce qu’une fraction de l’influence positive qu’ils ont eue dans ma vie. Je dois souligner que ce sont majoritairement des hommes. Un modèle à suivre peut être n’importe qui que vous respectez et qui vous respecte en retour. Ça n’a rien à voir avec le sexe de la personne. Je m’efforce d’écouter activement et de soutenir tous les soldats qui viennent me voir et qui estiment que mon style de mentorat et de leadership contribue à leur succès.

Cet entretien a été édité pour clarté et longueur.

Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée

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