Une artiste photographie des « sites mémorables et commémoratifs » au Kosovo

Article / Le 11 août 2016

Ottawa, Ontario — Leslie Hossack n’a pas grandi dans une famille militaire. Elle n’avait pas non plus d’amis militaires lorsqu’elle a commencé à s’intéresser de près à la photographie il y a 10 ans.

L’artiste, établie à Ottawa, a voulu utiliser ce médium pour explorer son intérêt général pour l’architecture et l’histoire du milieu du 20e siècle qui, comme elle l’explique, n’ont pas pu faire autrement qu’être témoins d’événements militaires.

« Ma principale motivation n’est pas un intérêt pour le militaire, déclare-t-elle, mais plutôt pour l’histoire. Je veux en savoir plus sur les événements qui se sont passés au milieu du 20e siècle, et il se trouve qu’ils sont de nature très militaire. Je m’intéresse à l’architecture monumentale; les édifices massifs conçus pour donner une impression de puissance. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans le Berlin d’Hitler, le Moscou de Staline, et tout cela a un aspect très militaire. »

Mme Hossack a braqué son viseur sur des événements historiques plus récents, en 2013, lorsqu’elle a passé près de deux semaines avec le contingent canadien au Camp Film City, quartier général de la Force du Kosovo (KFOR) de l’OTAN, en ex‑Yougoslavie.

Les troupes canadiennes sont d’abord arrivées à la KFOR en 1999. Leur mission était d’aider les réfugiés et de fournir de l’aide humanitaire lors du conflit ethnique qui sévissait dans la région. Les Canadiens continuent de servir parmi les plus de 4000 militaires qui sont encore affectés dans la région.

Pour Mme Hossack, l’occasion s’est présentée sous la forme du Programme d’arts des Forces canadiennes, qui offre à des artistes l’occasion d’être intégrés avec des soldats pour consigner pour la postérité leurs activités et les environnements où ils évoluent.

« C’est un programme fantastique, explique Mme Hossack. Je ne peux pas en dire assez à ce sujet. J’étais à une fête de Noël du quartier, et j’ai rencontré quelqu’un qui m’a demandé ‘Que faites‑vous?’ J’ai répondu : ‘Je suis photographe’. Il a répliqué : ‘Oh, je fais partie des Forces armées canadiennes. Avez‑vous fait une demande au Programme d’arts des Forces canadiennes?’ Je n’en avais jamais entendu parler. J’ai commencé à explorer le sujet et ça m’a semblé être une occasion en or. »

Les candidats sont sélectionnés par un jury dans le cadre d’un concours. Mme Hossack a décidé de faire une proposition pour le Kosovo après avoir examiné les options et déterminé que la KFOR lui offrirait potentiellement une expérience d’immersion.

« Je voulais vraiment avoir une expérience militaire, explique-t-elle. Je n’y connaissais pratiquement rien. Le camp du quartier général de l’OTAN est une force multinationale. Plus de 30 nations y participent. Le camp compte entre 800 et plus de 1000 membres. Je me suis dit : ‘Bon, bien ce sera une expérience militaire’. »

Les photos de Mme Hossack sont affichées sur son site Web et publiées dans un livre intitulé Testament: Leslie Hossack In Kosovo. Le livre renferme également des extraits du journal qu’elle a écrit pendant la visite. Un sommaire du livre qui apparaît sur le site Web de Mme Hossack explique que l’ouvrage présente des « sites mémorables et de commémoratifs ».

« C’est un thème qui revient dans tout mon travail, explique-t-elle. Mon travail n’était pas spécifiquement lié au Kosovo, mais c’est là que je me suis vraiment concentrée sur ce thème. Je suis fascinée par l’histoire du milieu du 20e siècle, et la mémoire entre en jeu, tout comme la commémoration. Comment commémore-t-on l’histoire? Par des choses historiques massives, monumentales, particulièrement des édifices. Alors, je suis toujours à la recherche d’éléments mémorables et commémoratifs, mais au Kosovo, c’est devenu mon point focal. »

Les photographies mêmes présentent des sites de grande beauté, par exemple la mosquée Bahtir Majaci, à Pristina, de même que le délabrement qui témoigne du conflit ethnique qui y a sévi. Une des photos est simplement intitulée : « Édifice endommagé à l’ouest de Pristina, Kosovo ».

« Le camp du quartier général de la KFOR, quoique construit il y a longtemps, n’est que temporaire dans le grand ordre des choses, observe Mme Hossack. Ce n’est pas une ville faite de pierre. Lorsque nous sommes sortis du camp pour aller dans la campagne, j’ai été très impressionnée par le nombre de bâtiments endommagés ou négligés. Et puis il y a les monuments de guerre. Certains sont magnifiques et en bon état, d’autres ont été érigés il y a 10 ans et sont déjà complètement délabrés. »

L’espace est un élément commun dans les photos de Kosovo prises par Mme Hossack. Les structures sont vues de loin, sous un vaste ciel. Dans les rares cas où la prise de vue inclut des personnages, on les voit à peine. Mme Hossack dit que c’est aussi caractéristique du reste de son œuvre.

« Je veux que les bâtiments soient les sujets, explique-t-elle. C’est le portrait d’un bâtiment et je ne veux pas que des éléments contemporains soient des distractions. Ainsi, j’estime que lorsque vous regardez les photos, vous pouvez imaginer l’événement que j’espère évoquer, qu’il s’agisse des frappes aériennes de l’OTAN au Kosovo en 1999 ou le stade olympique de Berlin d’Hitler, en 1936. »

Bien que les spectres du conflit puissent encore hanter la région, Mme Hossack dit qu’elle se rappellera toujours avec plaisir de l’expérience, et plus particulièrement de ses hôtes des Forces armées canadiennes.

« Les officiers avec qui j’ai séjourné étaient extraordinaires. C’étaient des personnes accueillantes, gentilles et coopératives. Elles appuyaient ce que je faisais. Je me souviendrai toujours d’elles. Toute l’expérience a dépassé mes attentes. »

Le major Annick Chantal, actuellement affectée au Commandement des opérations interarmées du Canada, à Ottawa, était commandant de la Force opérationnelle canadienne de la KFOR au moment de la visite de Mme Hossack.

« J’admets qu’au tout départ, nous étions incertains de ce qui nous attendait, d’avoir une civile et photographe avec nous, se rappelle-t-elle. Mais elle s’est jointe au groupe si facilement qu’elle est devenue l’une des nôtres, alors c’était bien. Et c’est une personne si sympathique; nous avons eu des conversations intéressantes. »

Déclarant que pour elle, Testament est un « bon souvenir » de son affectation à la KFOR, le Maj Chantal ajoute que la présence de Mme Hossack au camp lui a donné une nouvelle perspective.

« Chaque jour, je courais autour du camp. J’avais déjà vu toutes les différentes tours d’observation, mais je n’avais jamais remarqué qu’elles avaient toutes un nom, explique-t-elle. À son arrivée, Leslie était fascinée par ces tours et elle a pris différentes photos. Un jour elle m’a demandé : ‘Savez-vous si les tours ont toutes des noms différents?’ Lorsque vous êtes là pendant des mois, à un moment donné, vous ne remarquez plus les choses. C’était bien de voir les choses d’un œil neuf. »

Par Steven Fouchard, Affaires publiques de l’Armée

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