Une conversation avec l’une des cent Canadiennes les plus influentes : le colonel Josée Robidoux, commandant du 35e Groupe-brigade du Canada

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Article / Le 14 décembre 2015 / Numéro de projet : 15-0203

Toronto (Ontario) — Le 26 novembre 2015, le colonel Josée Robidoux a été nommée l’une des cent Canadiennes les plus influentes de l’année par le Réseau des femmes exécutives (RFE).

« Faire partie d’un groupe aussi formidable de Canadiennes fortes, intelligentes et déterminées est un véritable honneur », a souligné le Col Robidoux, commandant du 35e Groupe-brigade du Canada (35 GBC). 

Fondé en 1997 et installé à Toronto, le RFE est une organisation canadienne de premier plan qui se consacre à l’avancement et à la reconnaissance des femmes. L’organisation remet des prix dans dix catégories afin d’honorer des femmes qui œuvrent dans divers domaines, notamment les affaires, les arts et le service public.

Le Col Robidoux a été nommée parmi les Pionnières et faiseuses de tendances, une catégorie qui a pour but déclaré de « reconnaître les femmes qui sont des pionnières dans leur domaine et qui ont grandement contribué à la société canadienne ».

En juin 2015, le Col Robidoux est devenue la première femme commandant du 35 GBC ainsi que la première femme à commander un groupe-brigade de la province de Québec. La Brigade, dont le quartier général est situé à Québec, est formée de plus de 2 200 réservistes et de 60 militaires de la Force régulière. Ils sont regroupés dans douze unités en garnison à Shawinigan, Sherbrooke, Trois-Rivières, Québec, Chicoutimi, Lévis, en Beauce et dans le Bas-Saint-Laurent.

Le Col Robidoux œuvre depuis trente ans dans la Réserve des communications et la Réserve de l’Armée canadienne, trente années exceptionnelles au cours desquelles elle a notamment participé à une mission en Afghanistan en 2011-2012 à titre de conseillère principale auprès de l’Armée nationale afghane. Actuellement, en plus de commander le 35 GBC, elle fait sa maîtrise en administration publique. Mariée depuis 20 ans au major Shaun Funk, un officier d’état-major au quartier général de l’Armée à Ottawa et commandant adjoint du régiment The Royal Canadian Hussars (Montréal), ils demeurent près d’Ottawa.

« Shaun m’a donner un support formidable tout au long de ma carrière. Il est mon soutien numéro un et me dit toujours dit à quel point il est fier de moi et que je peux accomplir tout ce que désire lorsque je m’y mets », raconte-t-elle.

Q et R avec le colonel Robidoux

Ce qui suit est une entrevue avec le Col Robidoux au cours de laquelle elle explique pourquoi elle s’est enrôlée dans la Réserve de l’Armée ainsi que sa philosophie en matière de leadership et son travail avec l’Armée nationale afghane.

Q : Félicitations pour cette nomination parmi les cent Canadiennes les plus influentes. C’est un titre plutôt impressionnant; comment accueillez-vous cet honneur?

R : (Rires) Oui, enfin… Cela me donne un air un peu intimidant. Lorsque j’en ai entendu parler pour la première fois, je me suis imaginée entourée d’armes, d’éclairs et de toutes sortes d’autres éléments puissants, mais ce n’est pas vraiment le cas.

Q : Pourquoi vous être enrôlée dans la Réserve de l’Armée canadienne? Faites-vous partie d’une famille de militaires?

R : Pas du tout. J’ai commencé dans les cadets de l’Aviation. Je viens d’un petit village du nom d’Omerville, tout près de Sherbrooke. Mes parents ont décidé d’envoyer mes deux sœurs ainées et moi dans un pensionnat privé, car ils estimaient qu’une bonne éducation était essentielle à la réussite d’une carrière.

Ils nous ont encouragés à nous enrôler dans les cadets; j’allais donc au pensionnat la semaine, aux cadets les vendredis soirs et je passais beaucoup de temps avec les cadets les fins de semaines et durant les camps d’été.

Lorsque j’étais avec les cadets, j’avais souvent l’occasion de voir les réservistes à l’entraînement. Lorsque j’allais à mon instruction le vendredi soir, ils m’expliquaient en quoi consiste la Réserve et soulignaient que je pourrais payer mes études à l’université si j’entrais dans la Réserve. Je me suis donc enrôlée dans le 714e Escadron des communications de Sherbrooke.

Q : Pourquoi avoir choisi le 714e Escadron des communications?

R : À l’origine, je voulais m’enrôler dans Les Fusiliers de Sherbrooke, qui est un régiment d’infanterie, car c’était l’unité la plus connue à Sherbrooke. C’est donc là que je me suis rendue. Je voulais être officier, car je voulais aller à l’université et les gens me disaient que c’est le cheminement que je devais suivre. Lorsque je me suis présentée, on m’a répondu « Oh non, désolé, nous ne prenons pas de femmes dans l’infanterie. » C’était en 1985, quelques années avant que les femmes aient le droit d’entrer dans les armes de combat.

On m’a dit alors que je devrais aller voir du côté de l’escadron des communications, car il acceptait les femmes officiers. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans la Réserve des communications, ce qui en fin de compte s’est avéré un excellent choix pour moi.

Q : Le prix que vous a remis le RFE est celui de la catégorie des « Pionnières et faiseuses de tendances ». Êtes-vous d’accord avec ce titre de pionnière?

R : Je ne me vois pas comme une pionnière et je trouve cela toujours drôle lorsqu’on me qualifie ainsi. Je me suis enrôlée parce que j’en avais envie, principalement parce que je voulais avoir un emploi à temps partiel qui serait intéressant. Après avoir terminé mon instruction, j’ai appris à connaître les gens qui en faisaient partie et j’en ai appris davantage sur la profession, en particulier l’éthique et les valeurs militaires. Ces deux aspects me plaisaient beaucoup. J’avais l’impression d’être à ma place.

La vie militaire m’a offert toutes les possibilités que je souhaitais avoir et j’ai profité de chaque occasion. À mon avis, ce n’est pas moi qui ai accompli tant de choses, c’est l’organisation qui m’a offert toutes ces occasions. Ma contribution à ma propre carrière consiste essentiellement à faire le meilleur travail qui soit, parce que j’aime ce que je fais.

 

« À mon avis, ce n’est pas moi qui ai accompli tant de choses, c’est l’organisation qui m’a offert toutes ces occasions. Ma contribution à ma propre carrière consiste essentiellement à faire le meilleur travail qui soit, parce que j’aime ce que je fais ». - le colonel Josée Robidoux, commandant du 35e Groupe-brigade du Canada

Q : Vous avez été la conseillère principale d’un général afghan. Le fait d’être une femme a-t-il été un enjeu?

R : Cela a causé quelques problèmes en effet. Il y a eu beaucoup de négociation avant que l’un des généraux afghans accepte ma présence, à contrecœur. Dans leur culture, les femmes ne sont pas les égales des hommes. Au niveau personnel, il s’accommodait de ma présence. Ce qui le préoccupait, c’était « Que vont penser les gens? Ils vont se dire que je ne suis pas un général afghan important si mon conseiller principal est une Canadienne. »

Mais il a surmonté cette difficulté. Il lui a fallu deux ou trois mois avant d’accepter que je l’aidais réellement à gérer son organisation de façon plus efficace et à mieux paraître aux yeux du chef d’état-major général de l’Armée afghane. Après ce moment, j’ai senti qu’il m’avait réellement adoptée. Il agissait de manière très protectrice envers moi, il était très respectueux, mais il écoutait réellement les conseils que je lui donnais.

Q : Comment avez-vous aidé l’Armée afghane à accroître le nombre de femmes dans son effectif?

R : L’un de mes dossiers consistait à mettre les choses en place pour que cette intégration se fasse. Toutefois, pour des raisons culturelles encore une fois, ce ne fut pas aussi simple que cela l’aurait été au Canada. Chez nous, 18 pour cent de l’effectif militaire est formé de femmes; c’est 14 pour cent dans l’Armée. En Afghanistan ou dans tout autre pays musulman, lorsqu’il y a des femmes dans une organisation, non seulement elles doivent avoir leurs propres toilettes, mais en plus elles doivent disposer d’un endroit distinct pour manger et prier. Beaucoup d’infrastructures ont dû être construites pour permettre à ses femmes d’entrer dans une organisation.

Je me souviens d’une femme officier, une lieutenant-colonel. C’était une femme formidable. Elle n’avait peur de personne. Elle entrait dans le bureau de mon général afghan comme si c’était le sien. Il était si impressionné que chaque fois qu’elle entrait dans son bureau, il interrompait ce qu’il faisait pour l’écouter. C’est elle qui voulait faire entrer plus de femmes dans l’Armée afghane et qui œuvrait très fort à cette fin. J’ai donc travaillé en étroite collaboration avec elle et nous avons fait quelques progrès. À mon départ, l’Armée afghane comptait quatre pour cent de femmes, ce qui n’est pas mauvais, surtout si on considère que c’était moins d’un pour cent auparavant.

Q : En juin 2015, vous êtes devenue la première femme à commander le 35e Groupe-brigade du Canada et la première femme commandant de la province de Québec. Je vois que la devise du 35e Groupe-brigade du Canada est « Honneur et courage ».

R : Ce n’est pas moi qui ai choisi cette devise, mais j’avais eu à le faire, j’aurais choisi la même, car je crois qu’elle exprime très bien tout ce que représente la vocation militaire. Je me sens réellement interpelée par cette devise.

J’ai mentionné auparavant que les militaires m’ont offert des possibilités et que j’ai profité de chaque occasion. Lorsque quelqu’un vous offre la chance de faire quelque chose, cela peut faire un peu peur, car vous ignorez dans quoi vous vous embarquez. À mon avis, il faut du courage pour aller de l’avant lorsqu’on se dirige vers l’inconnu.

Quant à l’honneur, ce terme définit réellement la vie militaire, car c’est une valeur que nous essayons réellement de maintenir. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me suis enrôlée – non seulement la raison pour laquelle je me suis enrôlée, mais également pourquoi j’en fais encore partie –, car à mon avis l’honneur porte également sur la façon de traiter les gens; pas seulement ceux qui font partie de l’organisation, mais les gens du Canada et du monde, des gens que nous nous sommes engagés à secourir, à aider et à protéger.

Q : Vous percevez-vous comme un modèle, non seulement pour les jeunes femmes, mais aussi pour les jeunes hommes?

R : Oui. Je crois que les gens admirent ceux qui réussissent et que cela les encourage et les stimule à viser l’excellence. Je ne pense pas au fait d’être un modèle. Tout ce que je peux dire, c’est que j’essaie, tous les jours, de faire la bonne chose pour les bonnes raisons. Lorsque les jeunes femmes me voient comme commandant de brigade, elles voient que c’est un but qu’elles peuvent atteindre elles aussi. Il est également important pour les jeunes hommes de prendre conscience que les jeunes femmes soldats à leurs côtés sont tout aussi aptes qu’eux à faire le même travail.

 

« Lorsque les jeunes femmes me voient comme commandant de brigade, elles voient que c’est un but qu’elles peuvent atteindre elles aussi. Il est également important pour les jeunes hommes de prendre conscience que les jeunes femmes soldats à leurs côtés sont tout aussi aptes qu’eux à faire le même travail ». - le colonel Josée Robidoux, commandant du 35e Groupe-brigade du Canada

Q : Que pensez-vous du mentorat?

R : Je crois que la clé d’une carrière fructueuse est de trouver un mentor, de trouver des gens avec qui établir une relation, quelqu’un en qui on a confiance et que l’on admire. Vous devez trouver cette personne avec qui vous aurez cette relation particulière, qui deviendra votre guide, votre conseiller, votre confident, une personne qui peut vous donner un autre son de cloche au besoin, quelqu’un avec qui vous pourrez discuter de votre carrière et de vos intérêts et qui vous aidera à relever différents défis.

J’ai été très chanceuse, j’ai eu d’excellents mentors, des gens avec qui j’ai établi d’excellentes relations, des gens qui m’ont aidée et qui ont sincèrement cru en mes aptitudes et qui m’ont permis de me rendre là où je suis actuellement.

Mon premier mentor a été Louise Bisson, qui faisait partie de mon escadron à Sherbrooke. Le message qu’elle m’a donné est le suivant : « Si tu veux te rende où que ce soit dans le monde militaire, si tu veux avoir du succès dans ta carrière, tu dois te convaincre que tu en es capable et croire que tu es aussi bonne que le gars à côté de toi. »

Par Lynn Capuano, Affaires publiques de l’Armée

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