Une évolution du service communautaire : comment le programme Bold Eagle est devenu une réussite

Article / Le 21 juin 2017 / Numéro de projet : 17-1034

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Par Natalie Flynn, Affaires publiques de l’Armée

Le Canada célèbre la Journée nationale des Autochtones le 21 juin depuis 1996. Ce jour commémoratif a été choisi en raison de l’importance du solstice d’été. Pendant des générations, de nombreux Autochtones et de nombreuses communautés ont célébré leur culture et leur héritage cette journée-là, car il s’agit de la plus longue journée de l’été. C’est une journée pour reconnaître et célébrer l’héritage unique, les cultures diversifiées et les contributions extraordinaires des peuples des Premières nations, des Inuits et des Métis.

Wainwright, Alberta — Chaque été, quelque 100 jeunes de partout dans l’Ouest canadien entreprennent un entraînement de six semaines rigoureux, soit leur Qualification militaire de base par l’intermédiaire du programme Bold Eagle, le programme de perfectionnement de l’Armée canadienne (AC) conçu pour les jeunes autochtones.

Le succès de longue date du programme Bold Eagle a contribué à instaurer des changements positifs. En 2017, grâce à de récentes améliorations au processus et à un accent accru sur l’expansion de la Première réserve de l’AC (P rés AC), le cours connaîtra une expansion de 50 pour cent. Ce développement est fort bien accueilli, car les registres montrent que les demandes d’inscription sont depuis longtemps supérieures aux placements dans le programme.

Cette initiative unique combine l’apprentissage des éléments fondamentaux de la vie militaire aux enseignements et aux éléments culturels autochtones. On en doit l’existence à l’imagination du major John Moberly, à l’époque réserviste au sein de The North Saskatchewan Regiment, qui a lancé l’idée d’un programme de développement des jeunes et d’un programme d’instruction militaire au brigadier-général (retraité) Cliff Walker, qui, de son côté, a contribué à la mise sur pied du programme Bold Eagle en collaboration avec le Grand conseil de Prince Albert en Saskatchewan en 1989.  

« En ma qualité de colonel et de commandant du district de la milice de la Saskatchewan, tel qu’il était connu à l’époque, [qui fait maintenant partie du 38e Groupe-brigade du Canada], et avec la bénédiction du commandant de l’Armée canadienne de l’époque, le lieutenant-général Kent Foster, j’ai autorisé un programme d’essai auquel ont participé 15 jeunes de Premières nations du Conseil tribal de Prince Albert pour participer à une formation d’été dirigée par le North Saskatchewan Regiment à Dundurn, en Saskatchewan, à l’été de 1990 », a affirmé le Bgén (ret) Walker. « S’ajoutait à l’instruction militaire, une composante culturelle des Premières nations afin de faire connaître aux jeunes militaires leurs coutumes et leur culture traditionnelles cries. »

Témoin des tensions qui ont duré plusieurs mois à l’été de 1990 entre la communauté Mohawk de Kanesatake et la ville d’Oka, toutes deux au Québec, le premier objectif du Bgén (ret) Walker était de bâtir une relation plus solide entre le milieu militaire, les organismes d’application de la loi et les communautés autochtones dans la région. Son deuxième objectif, un désir à plus long terme, visait à attirer plus de peuples autochtones et d’insuffler une plus grande diversité dans les Forces armées canadiennes.

« Le printemps suivant [en 1991], des rumeurs circulaient à propos de possibles confrontations comme celles ayant éclaté à Oka dans l’ensemble des Prairies », a déclaré le Bgén (ret) Walker. « Trois hommes se sont réunis afin de discuter de ce qui pourrait être fait pour éviter une telle confrontation en Saskatchewan. Ces trois hommes étaient le chef Roland Crowe, chef de la FNIS [alors appelée la Fédération des nations indiennes de la Saskatchewan, mais désormais connue sous le nom de Fédération des nations autochtones souveraines], le commissaire adjoint Cortlandt Macdonnell, commandant de la Division F de la Gendarmerie royale du Canada [GRC] et moi-même, récemment promu au grade de brigadier‑général et commandant du Secteur des Prairies de la Milice. »

Cette importante collaboration entre l’Armée, la GRC et la FNIS a permis l’implantation du programme Bold Eagle. L’AC serait responsable de la gestion de l’instruction militaire des candidats du programme Bold Eagle, la FNIS se chargerait du financement de la composante culturelle et la GRC participerait au rayonnement et au recrutement du programme. À l’été de 1991, le nombre de participants avait doublé et en six ans, le programme Bold Eagle jouissait d’une réussite sur le plan local, offrant des cours à environ 30 participants chaque année, d’abord dans le secteur d’entraînement de Dundurn puis à Shilo, au Manitoba.

En 1997, la P rés AC a créé de nouveaux groupes-brigades, ce qui a nécessité une réorganisation des juridictions administratives et une consolidation des unités de la Réserve sur un plus grand territoire. Au nouveau Quartier général du 38e Groupe-brigade du Canada à Winnipeg, au Manitoba, le major Dennis Desrochers (coordonnateur du programme de 1997 à 2000) faisait partie des personnes responsables de passer en revue les divers programmes et initiatives dans la zone de responsabilité du Groupe. Lorsqu’il a entendu parler du programme Bold Eagle, le Maj Desrochers a tout de suite vu la valeur de ce programme pour les jeunes qui y participaient et l’AC.

Avec le soutien de la chaîne de commandement, au cours des deux années suivantes, le programme a pris de l’expansion et a accueilli des participants d’autres provinces de l’Ouest. Le Maj Desrochers et son personnel ont travaillé pour tisser des liens avec divers groupes autochtones et leaders de la communauté, et un programme Bold Eagle revitalisé a été déplacé dans le secteur d’entraînement de Wainwright, en Alberta, en 1998. En 1999, jusqu’à 100 candidats étaient inscrits au programme Bold Eagle et il s’étendait partout dans l’Ouest canadien, de Thunder Bay jusqu’au Nord de l’Ontario. Encore aujourd’hui, le programme est offert chaque année à Wainwright. Le milieu militaire, des responsables de l’application de la loi et des leaders autochtones travaillent ensemble sur un comité mixte de gestion.

« À l’époque, selon les dossiers des différentes communautés autochtones, les diplômés du programme Bold Eagle étaient plus susceptibles de terminer leurs études secondaires. Ils avaient davantage tendance à décrocher un emploi plus significatif », a déclaré le Maj Desrochers. « Le programme Bold Eagle a servi de programme de perfectionnement, car les Forces armées canadiennes excellent dans le renforcement de la confiance et l’établissement d’un esprit d’équipe. Toutes les compétences que vous acquerrez lors de l’instruction de base sont des compétences de vie que les gens peuvent ramener dans leur communauté. »

Le Maj Desrochers souligne également l’importance du camp culturel de quatre jours qui est offert au début du programme. Les candidats participent à des cérémonies et à des activités traditionnelles en groupe. « C’était important de combler les écarts. Nous croyons fermement, et les données nous l’ont prouvé, que la première semaine était critique parce qu’ils [les candidats] venaient à peine d’encaisser le choc de se trouver loin de la maison et d’être dans un nouvel environnement. Ils ont bâti des amitiés et ils ont été introduits tranquillement à la vie militaire », a-t-il déclaré.

« Dès la deuxième semaine, nous étions déjà dans le vif du cours pour recrues, et ils avaient acquis la confiance et l’estime dont ils avaient besoin pour avancer. Sur 100 stagiaires, 99 recevaient leur diplôme. Nous n’obtenons pas ce genre de résultat dans le cadre d’un cours de qualification militaire régulier », a déclaré le Maj Desrochers.

Durant le programme, le Maj Desrochers a été témoin des divers défis auxquels sont confrontées les communautés qu’il a visitées, dont trouver un emploi rémunérateur. « C’était également l’une des raisons pourquoi le programme était également le bienvenu, car les communautés n’ont pas toutes des occasions à offrir aux jeunes et c’est quelque chose qui leur permettait de viser l’excellence », a-t-il déclaré.

Le sous-lieutenant (retraité) Herman Blind est membre du conseil d’administration du programme Bold Eagle depuis 1992. Il a servi dans le Royal Regina Regiment et il est un ami de longue date du Bgén (ret) Walker. Selon lui, Bold Eagle permet d’inculquer de précieux atouts aux jeunes, notamment des qualités de citoyen et la discipline. Selon le Slt (ret) Blind, un nombre considérable de candidats, lorsqu’ils ont terminé le Bold Eagle, poursuivent en tant que réservistes ou se joignent à la Force régulière. Ils se joignent également aux services de premiers intervenants de la région ou postulent à des postes dans la fonction publique, notamment aux douanes ou aux services correctionnels. « Ce programme accroît les chances des candidats à devenir des leaders », a-t-il affirmé. Il ajoute que certains diplômés sont devenus des chefs de bandes, des conseillers, des administrateurs, des éducateurs ou des figures clés dans leur communauté. 

« Le programme Bold Eagle a produit des centaines et des centaines de jeunes diplômés exceptionnels. À leur tour, ils ont eu une incidence positive sur des milliers d’autres gens. Je ne peux que remercier la multitude de membres du personnel militaire, les vice-chefs et les aînés de la FNIS et les différentes contributions apportées par la GRC au fil de ans qui ont fait en sorte que le programme a grandi et s’est développé », a déclaré le Bgén (ret) Walker.

Sur le plan personnel et professionnel, le Maj Desrochers se souvient du programme Bold Eagle de la façon suivante : « C’était une occasion de relever un défi et de laisser sa trace. J’ai eu la chance de travailler avec des gens exceptionnels et dévoués dans différentes communautés autochtones de l’Ouest canadien et d’être témoin de leur niveau d’engagement et de leur enthousiasme global à l’égard de cette occasion », a-t-il déclaré. 

Le Bgén (ret) Walker conserve également des souvenirs impérissables de Bold Eagle, dont l’un d’eux est particulièrement touchant : « L’un des souvenirs qui m’est venus à l’esprit est de voir des aînés âgés et des chefs de tribus à la cérémonie de remise des diplômes de Bold Eagle. Ils faisaient partie de la cérémonie et je me souviens que je devais détourner les yeux de leurs larmes de joie qui coulaient sur leurs joues alors qu’ils observaient ces jeunes personnes merveilleuses marcher fièrement », a-t-il déclaré.

« Il y a une grande fraternité entre les diplômés du programme Bold Eagle dans l’Ouest, c’est presque difficile de se rendre dans certaines communautés et de ne pas trouver quelqu’un qui a participé au programme ou de connaître quelqu’un », a déclaré le Maj Desrochers. « J’encourage les jeunes Autochtones à faire le saut. Peu importe ce que l’avenir vous réserve, il vous procurera des souvenirs et des compétences que vous aurez pour le reste de votre vie. »

« Je crois que tous les Canadiens, peu importe leur ethnie ou leur croyance, ont raison d’être fiers du programme Bold Eagle », a conclu le Bgén (ret) Walker.

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