Vivre son deuil et trouver un lieu de repos, un siècle plus tard

Article / Le 9 novembre 2017 / Numéro de projet : 17-0197

Par Caroline Fyfe, Affaires publiques de l’Armée

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Ottawa, Ontario — De 2002 à 2011, il est devenu monnaie courante de voir des centaines de personnes se rassembler le long du viaduc de l’autoroute des Héros, située entre Trenton et Toronto, pour rendre hommage aux dépouilles des membres des Forces armées canadiennes tuées en Afghanistan et rapatriées au Canada.

Toutefois, cela n’était pas le cas pour les générations précédentes des militaires canadiens. Avant 1970, la dépouille des militaires qui avaient combattu et péri dans les guerres précédentes n’était pas rapatriée au pays, elle était plutôt inhumée à l’endroit le plus près du lieu où ils étaient morts au combat. Parmi les raisons qui expliquaient cette façon de faire, il y avait la tradition selon laquelle les camarades morts au combat étaient enterrés ensemble, le nombre élevé de morts et l’état des conditions d’hygiène à ce moment.

En 1970, la politique du gouvernement canadien sur le retour des restes de ses morts de la guerre a été modifiée. Désormais, tous les militaires canadiens qui sont morts à l’étranger peuvent être retournés au Canada pour être inhumés, comme cela a été le cas pour les soldats morts au combat durant l’engagement du Canada en Afghanistan.

Les restes non identifiés de quatre militaires canadiens qui sont décédés durant la Première Guerre mondiale, mais qui n’avaient pas été enterrés dans des cimetières militaires, ont été trouvés en France au cours des dernières années. Trois d’entre eux ont été identifiés en décembre 2016.

Les 23, 24 et 25 août 2017, des inhumations ont eu lieu en France pour les militaires suivants :

  • Le soldat Reginald Joseph Winfield Johnston, du Calgary Highlanders;
  • Le sergent Harold Wilfred Shaughnessy, du Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada;
  • Le sergent James Alexander Milne, du Calgary Highlanders;
  • Un soldat inconnu de la Première Guerre mondiale dont l’identité et le régiment n’ont pas pu être déterminés, car il ne portait sur lui aucun identificateur personnel ni insigne d’identification d’unité.

Les quatre hommes seraient décédés en 1917, durant les batailles de la crête de Vimy et de la côte 70 et l’attaque de la boucle d’Arleux.

Le Dr Sarah Lockyer est la coordonnatrice de l’identification des victimes au ministère de la Défense nationale (MDN), et elle est la seule anthropologue judiciaire du ministère. Elle affirme que beaucoup d’efforts sont déployés pour identifier les restes des militaires canadiens lorsqu’ils sont retrouvés, quoique le gouvernement canadien ne cherche pas activement ces restes.

Lorsque des restes sont découverts dans des régions près d’anciens lieux de champs de bataille, on fait appel à la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC) pour assurer la garde des restes lorsque la police a déterminé qu’ils sont des morts de la guerre.

Le Dr Lockyer se rend deux fois par année en France et elle collabore étroitement avec la CSGC afin d’examiner, de cataloguer et de préserver les restes et d’organiser les détails entourant l’inhumation des militaires canadiens. « Mon rôle est d’identifier ces militaires », a-t-elle déclaré.

Elle a participé à l’identification du Sdt Johnston, du Sgt Shaughnessy et du Sgt Milne, et elle travaille actuellement sur plusieurs autres cas.

Les identifications sont rendues possibles grâce à une combinaison de facteurs qui peuvent comprendre un contexte archéologique, des artéfacts, comme des effets personnels et des identificateurs, une recherche historique, une analyse anthropologique et possiblement des tests ADN si les descendants peuvent être identifiés.

Les articles trouvés aux côtés des militaires sont examinés, catalogués et, dans certains cas, remis à la famille ou aux unités respectives, et parfois exposés dans un musée.

Le 21 août 2017, la veille de l’inhumation du Sgt Shaughnessy et du Sdt Johnston, une cérémonie intime a eu lieu durant laquelle le Dr Lockyer a remis des effets personnels des militaires aux membres de leur famille, qui se sont rendus en France pour l’inhumation. Parmi ces effets, il y avait une chevalière, deux plaques d’identité, une brosse à dents et un rasoir.

« Ce fut un privilège pour moi de remettre ces effets personnels aux familles des militaires; cela a été un moment marquant et touchant qui nous a permis de conclure notre travail en beauté », a déclaré la Dr Lockyer.

Bien que les inhumations militaires soient organisées et coordonnées par les pays respectifs du Commonwealth des militaires retrouvés, y compris le Canada, la CSGC veille à ce que 1,7 million de personnes qui sont décédées durant les deux Guerres mondiales ne passent jamais dans l’oubli en entretenant les cimetières et les monuments commémoratifs à 23 000 emplacements dans 154 pays du monde. Les 110 358 morts de la guerre du Canada sont commémorés dans 75 pays.

À part le Canada, la France est le pays qui compte le plus grand nombre de morts de la guerre canadiens, dénombrés à 47 500.

La Dr Lockyer a fait remarquer qu’en juillet 2017, cinq nouvelles séries de restes canadiens ont été trouvées dans le secteur de la bataille de la côte 70. Comme 31 cas sont actuellement ouverts, il est fort probable qu’il y aura davantage d’identifications militaires canadiennes et d’inhumations dans un avenir rapproché.

Que ces décès aient eu lieu au cours des dernières années ou il y a des décennies, un fait demeure : les Forces armées canadiennes croient en l’importance de prendre soin des leurs et elles leur rendent hommage en leur procurant une inhumation digne et respectueuse.

Ces valeurs demeurent tout aussi pertinentes aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a un siècle.

 

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